Le Sénégal intensifie son offensive diplomatique et scientifique pour récupérer son patrimoine culturel conservé à l’étranger, notamment en France. Dans le sillage des restitutions engagées en Afrique de l’Ouest, à l’image du Bénin, Dakar entend accélérer le processus.
Restitution des œuvres culturelles : le Sénégal poursuit ses démarches auprès de la France
Restitution annoncée du patrimoine culturel sénégalais pillé par la France pendant la période coloniale. Un grand colloque intitulé « Souverainetés et restitutions des œuvres culturelles » s’est ouvert lundi 24 février à cet effet, rapporte RFI. Pendant quatre jours, des experts venus d’une dizaine de pays débattent des enjeux liés à la restitution, sous l’angle de la coopération scientifique, des droits des communautés concernées et de la gestion de l’après-retour des œuvres.
En amont de ces travaux, une masterclass a rassemblé chercheurs, professionnels de musées et étudiants autour d’enquêtes portant sur des œuvres sénégalaises conservées à l’étranger. L’ambition : former aux outils d’investigation, intégrer les attentes des communautés d’origine et rendre publics les résultats des recherches.
Dans les salles du centre, les participants travaillent en petits groupes pour apprendre à exploiter des bases de données, retracer les provenances et documenter les trajectoires des objets dispersés.
Pour Mor Diouf, doctorant en archéologie à l’université Cheikh Anta Diop, ce travail de repérage est fondamental. « On nous a montré un site et à travers lui, on peut localiser tous les biens sénégalais qui sont exilés à l’extérieur. Nous essayons de faire la cartographie et après, on va essayer de voir quels sont les objets d’intérêt, que l’on va restituer et une fois que cette restitution est faite, comment on va les conserver », explique-t-il.
Une loi-cadre en France pour faciliter les restitutions
Abdourahame Kounta, impliqué dans ces recherches, travaille avec son équipe sur un manuscrit de commentaire du Coran dont l’original est conservé à la Bibliothèque nationale de France. « Ce serait très intéressant de disposer de cet ouvrage-là, qu’on puisse savoir l’importance qu’a occupée l’exégèse coranique au sein de nos érudits », souligne-t-il.
La dynamique pourrait bénéficier d’un contexte juridique plus favorable. Une loi-cadre a en effet été adoptée en France à la fin du mois de janvier afin de faciliter les restitutions d’œuvres aux pays africains. Les chercheurs espèrent que leurs travaux alimenteront le débat public et renforceront les démarches officielles. « Ces études nous permettent de faire un plaidoyer, qui va peut-être être pris en compte par les autorités compétentes pour pouvoir continuer les travaux sur le plan international », note Bousso Top, du musée historique de Gorée. En pratique, seules les autorités étatiques sont habilitées à formuler des demandes formelles auprès des pays détenteurs.
À ce jour, un seul objet a officiellement été restitué au Sénégal : le sabre d’El Hadj Omar Tall, ancien empereur de l’empire toucouleur, remis en 2019. De nombreuses autres pièces restent conservées en Europe, particulièrement en France. Des prêts temporaires sont parfois accordés, mais ils demeurent encadrés par des conditions strictes et limités dans le temps, comme c’est actuellement le cas pour des objets liés à la bataille de Samba Sadio, prêtés par le musée de Dunkerque.
Inutile de rappeler que cette procédure suit entamée et bouclée par le Bénin, qui en novembre 2022, a réceptionné à Cotonou, 22 trésors royaux pillés pendant la période coloniale par la France.
