Assemblée nationale du Bénin : qui pour présider la 10ᵉ législature ?

Pédro Mensanh-Gbewa
4 min
Louis Vlavonou, président de l'Assemblée nationale, 9e législature.

Les noms des 109 nouveaux députés sont connus depuis ce lundi 19 janvier à la faveur de la proclamation des résultats définitifs des élections législatives de 2026. Aujourd’hui, une question cristallise les attentions au sujet de cette actualité. Qui présidera la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale ? Pour éclairer votre lanterne à ce sujet, Africaho a recueilli les avis croisés de Eugène Allossoukpo, analyste politique et spécialiste des questions parlementaires, et de Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance.

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Élection du prochain président de l’Assemblée nationale : un choix délicat

Avec 60 députés pour l’Union progressiste le Renouveau (UPR) contre 49 pour le Bloc républicain (BR), la majorité parlementaire est nette. Pour Eugène Allossoukpo, spécialiste des questions parlementaires, cette configuration offre un « ciment fort » à la 10ᵉ législature. Une législature qui, selon plusieurs observateurs de la vie politique, est appelée à fonctionner dans la continuité des précédentes et à consolider les acquis des réformes engagées depuis une décennie.

Mais cette majorité, aussi confortable soit-elle, n’efface pas la complexité du choix du futur président de l’Assemblée nationale. « Diriger le Parlement ne relève pas uniquement de l’appartenance partisane », rappelle l’analyste. Il évoque des critères clés telles que « la capacité de management, sens de l’écoute, aptitude à gérer les conflits et expérience politique, sans oublier l’assise nationale du candidat ».

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Dans cette logique, le fait que l’UPR soit la première force politique plaide naturellement en sa faveur. Eugène Allossoukpo estime ainsi que, « logiquement, le président du Parlement doit provenir de l’Union progressiste le Renouveau », citant la personnalité de Joseph Djogbénou comme figure centrale si ce choix s’imposait.

Une décision qui va au-delà des murs du Parlement

Là où les analyses convergent, c’est sur le caractère fondamentalement politique et stratégique de cette désignation. Selon Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance, le poste de président de l’Assemblée nationale est aujourd’hui indissociable de la question de la succession de Patrice Talon.

Il évoque clairement un jeu d’équilibres en préparation, sous l’impulsion du chef de l’État sortant, afin d’éviter des tensions futures au sommet de l’exécutif. Une présidence Djogbénou, estime-t-il, pourrait compliquer la cohabitation avec Romuald Wadagni, présenté comme le dauphin pressenti de Patrice Talon. Cependant, confier le perchoir à Abdoulaye Bio Tchané, président du Bloc républicain, permettrait à la fois un équilibre régional en faveur du Septentrion et une meilleure fluidité institutionnelle à venir.

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Cette lecture rejoint subtilement l’analyse de Eugène Allossoukpo. Pour lui, le prochain président du Parlement devra cohabiter, dès mai 2026, avec un nouveau président de la République. « Même si aujourd’hui son avis est consultatif, ses désidératas pourraient être pris en compte », souligne-t-il, insistant sur la nécessité d’un choix qui préserve la cohésion de la majorité.

Deux attentes :  leadership parlementaire et crédibilité

Au-delà des noms, les deux experts interrogent le type de leadership attendu. Dans un contexte de défiance citoyenne et de fortes attentes sociales, le président de l’Assemblée devra incarner une autorité capable de fédérer, sans tomber dans le clivage ni l’alignement mécanique.

Eugène Allossoukpo insiste sur la possibilité, pour les députés de la mouvance, de « marquer leur différence sans rompre la discipline librement consentie ». Joël Atayi-Guèdègbé, lui, alerte sur les risques d’un Parlement perçu comme trop verrouillé politiquement ou, à l’inverse, trop autonome. Il souhaite alors une la stabilité institutionnelle.

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