À un an des élections générales de 2026, le chef de l’État béninois, Patrice Talon, s’exprime pour la première fois sur la condamnation de son ex-bras droit, l’homme d’affaires Olivier Boko. Dans une interview accordée à Jeune Afrique, il revient sur ce qu’il qualifie de « tragédie intime » et sur ses ambitions pour l’après-pouvoir.
Patrice Talon rompt enfin le silence sur l’affaire du procès de son ancien confident, Olivier Boko, condamné à vingt ans de prison pour « complot contre l’autorité de l’État ». Une trahison qui reste un choc pour le Chef d’Etat béninois.
« Olivier était un frère, un compagnon de fortune et d’infortune », confie-t-il, précisant qu’il lui avait délégué « nombre de prérogatives » et le contrôle des services de renseignement et de sa propre sécurité. Lorsqu’il apprend que son proche collaborateur ambitionne de lui succéder, il n’y croit pas.
« J’ai d’abord cru à des sornettes », avoue-t-il. Face aux preuves qui s’accumulent, il attend une confrontation directe, qui n’arrivera jamais. « J’étais dans le déni », admet-il, soulignant que son ancien allié était « le seul, en dehors du président, à pouvoir donner des instructions » au chef de la Garde républicaine.
Une ambition qui vire au complot
Le tournant décisif survient avec le lancement du mouvement OB 26, promouvant la candidature de Boko. « Il m’a répondu que tout cela se faisait à l’insu de son plein gré », raconte Talon, qui reste pourtant sceptique. Convaincu que la voie démocratique ne lui permettrait pas d’accéder au pouvoir, Olivier Boko aurait alors envisagé « le pire ». Pour Talon, cette ambition dévorante a conduit son ex-bras droit à « une volonté déterminée d’exercer le pouvoir, tout le pouvoir, quitte à me déposer ».
Une tentative vouée à l’échec, car « le code électoral stipule que seuls les candidats désignés par un parti sont en mesure de compétir ».
Un procès sans défense
Face à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), Olivier Boko a peu parlé. « Il n’a rien dit parce que les faits parlent d’eux-mêmes », estime Talon, ajoutant qu’il espère sans doute « instiller dans l’opinion l’idée qu’il s’agit d’un procès politique ». Si le chef de l’État ne sait pas précisément ce que son ex-bras droit comptait faire de lui, il reste persuadé que les conséquences auraient pu être dramatiques.
« Le déroulement d’un coup d’État est toujours imprévisible et nul n’est à l’abri d’un dérapage sanglant. » Entre confiance trahie et ambition démesurée, Patrice Talon tourne la page, déterminé à respecter sa promesse de quitter le pouvoir en 2026. Une certitude, martèle-t-il : « Je suis un homme de parole. »