Le différend entre le Niger et le groupe français Orano reste sensible. Le président Abdourahamane Tiani a fixé les règles concernant le partage du stock d’uranium de la Somaïr. Pour Niamey, seule la production antérieure à la reprise du site peut être réclamée par l’opérateur français.
Ressources minières Uranium : le Niger fixe les règles du partage de la production face à Orano
Le dossier Somaïr n’a pas fini de faire parler. Dans une intervention télévisée diffusée sur la chaine RTN Web en fin de semaine du 9 février 2026, le président Abdourahamane Tiani a levé toute ambiguïté sur la question du stock d’uranium au cœur du bras de fer entre le Niger et le groupe français Orano.
Selon lui, la part de l’entreprise française ne peut concerner que l’uranium extrait avant la prise de contrôle du site d’Arlit par l’État nigérien. Il parle d’un volume d’environ 156 tonnes. Sur cette quantité, les 63,4 % détenus par Orano à l’époque seraient reconnus. Le chef de l’État a même indiqué que le Niger pourrait prendre en charge les frais de transport si le groupe souhaite récupérer sa part. Mais il est catégorique sur un point. Tout ce qui a été produit après la nationalisation est considéré comme propriété exclusive du Niger.
Faut-il le dire, cette position ne date pas d’hier. Fin 2025 déjà, les ministres des Mines et de la Justice avaient défendu la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr, la Somaïr. Ils rappellent que la concession d’Arlit, accordée en 1968 pour 75 ans sur environ 360 km², donne un droit d’exploitation. Elle ne transfère pas la propriété du sous-sol. Pour les autorités nigériennes, les ressources minières restent un attribut de souveraineté. Niamey évoque également une mise en demeure adressée en septembre 2025 à Orano Mining pour non-paiement de redevances liées à la concession.
Des chiffres qui nourrissent le désaccord
Le gouvernement nigérien avance un autre argument. Entre 1971 et 2024, plus de 80 000 tonnes d’uranium auraient été produites. Selon les données présentées par les autorités, la part commercialisée par l’opérateur français sur plus d’un demi-siècle aurait dépassé son niveau de participation au capital.
Depuis juillet 2023, l’État affirme avoir injecté plusieurs dizaines de milliards de francs CFA pour maintenir l’activité. Environ 2 000 tonnes auraient été extraites sous contrôle nigérien depuis cette date. Pour Niamey, ces volumes ne relèvent plus d’aucun droit pour Orano. Le groupe français conteste cette lecture et a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements.
Le différend intervient alors que le marché mondial de l’uranium connaît une forte hausse. Le prix spot est passé de moins de 66 000 dollars la tonne en janvier 2021 à plus de 180 000 dollars fin 2025. Avec le retour en grâce du nucléaire dans plusieurs pays, l’uranium redevient stratégique.
Pour le Niger, il s’agit de profiter de cette dynamique et augmenter les recettes du secteur, à condition de retrouver des niveaux de production comparables à ceux du milieu des années 2010.
