Coup d’État manqué au Bénin : un policier et un journaliste risquent 5 ans de prison

Narcisse Aberekere
7 min
CRIET

Accusés d’avoir soutenu la tentative de coup d’État du dimanche 7 décembre 2025 à travers des publications sur les réseaux sociaux, un journaliste et un fonctionnaire de police ont comparu mardi 3 février 2026 devant la CRIET. Le ministère public a requis cinq ans de prison ferme contre chacun.

Ad imageAd image

Putsch déjoué au Bénin : Cinq ans de prison pour un journaliste et un policier

Un journaliste et un policier condamnés à des peines de prison. Mardi 3 février 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme a examiné un dossier lié à la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Selon Banouto, à la barre, un journaliste et un agent de police sont poursuivis pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine via internet et incitation à la rébellion ». Il leur est reproché d’avoir publié, dans un contexte de grande confusion, des contenus qui auraient tendu à soutenir les militaires auteurs du putsch manqué.

Le journaliste reconnaît ses publications

Le journaliste, en exercice dans un organe de presse à Porto-Novo, ne conteste pas les faits matériels. Il reconnaît avoir publié deux textes le dimanche 7 décembre 2025. Le premier annonçait la prise du pouvoir par les militaires, sur la base de la déclaration lue sur Bénin TV dans la matinée. Le second portait sur la réaction du ministre de l’Intérieur quelques heures plus tard. Mais à la barre, il rejette toute intention de soutien. Il explique que sa première publication est intervenue par peur, nourri par une menace reçue deux jours avant les événements.

Le vendredi 5 décembre 2025, alors qu’il rentrait chez lui, le journaliste dit s’être arrêté pour s’approvisionner en carburant. Sur place, un homme l’aurait abordé et lui aurait demandé s’il était bien P. M. Après sa réponse affirmative, l’inconnu lui aurait lancé « je vous lis beaucoup », avant de poursuivre sur un ton plus grave.

Lire aussi :  Concours de recrutement de 715 élèves agents de police : Les candidats admissibles attendus pour la visite médicale

« Il m’a dit que si on devait nettoyer le pays, c’est par moi qu’on allait commencer puis a continué son chemin », a raconté le prévenu à la Cour.

Sur le moment, le journaliste affirme avoir banalisé la menace même s’il a eu peur. Mais le dimanche matin, en voyant les militaires à la télévision nationale, le souvenir lui est revenu. « Ou bien c’est ce que l’homme de la dernière fois voulait me faire comprendre ? », s’est-il interrogé.

Selon sa déclaration, c’est cette peur qui l’a poussé à publier le premier texte. Il dit avoir craint pour sa sécurité et celle de sa famille. Pour se défendre, il insiste sur sa seconde publication, consacrée à la sortie du ministre de l’Intérieur.

« Si mon intention était d’apporter mon soutien aux putschistes, je n’aurais pas fait cette deuxième publication », a-t-il soutenu devant les juges.

Le journaliste a présenté sa carte de presse délivrée par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication. Il a demandé la clémence de la Cour, expliquant avoir été privé de liberté alors que sa famille est restée sans ressources.

Le ministère public doute de sa version

Interrogé par la représentante du ministère public sur l’absence de plainte après la menace, le prévenu a expliqué qu’il avait minimisé les faits. « Si le journaliste doit porter plainte à chaque fois qu’il est menacé la police sera débordée. Tout ce que nous écrivons ne plaît pas à tout le monde. Certains vont aimer et d’autres non », a-t-il déclaré.

Pour le ministère public, cette explication ne convainc pas. La substitut du procureur estime que le journaliste s’est laissé guider par les circonstances et qu’il a pris part à un « jeu de basculement ». Elle a requis cinq ans de prison ferme et un million de francs CFA d’amende.

Lire aussi :  À Dèkoungbé, les coupures intempestives de l'énergie électrique exaspèrent les populations !

Un message WhatsApp dans le viseur

Le second prévenu est un fonctionnaire de police en service à la Direction de la police judiciaire. Il lui est reproché un message publié dans un groupe WhatsApp de jeunes de Tanguiéta. « Le prototype des Béninois, il ne faut jamais prendre des risques en leur noms. Si vous réussissez, ils vont vous applaudir mais si vous échouez c’est les mêmes qui vont vous condamner », avait-il écrit.

À la barre, le policier a reconnu être l’auteur du message. Il affirme toutefois qu’il ne s’agissait pas d’un soutien aux putschistes.

« Je voulais calmer les débats ». Selon sa version, le message visait à mettre fin aux discussions et aux commentaires dans le groupe, le soir du 7 décembre 2025. « Je n’ai aucune intention de soutenir », a-t-il déclaré.

Le ministère public n’a pas été convaincu. La magistrate estime qu’en tant qu’officier de police judiciaire, connaisseur des textes, le prévenu aurait dû s’abstenir de toute publication et observer une stricte neutralité. Elle dit être gênée de voir un agent « se laisser aller à cette extrémité ».

Cinq ans requis contre les deux prévenus

Le ministère public a requis contre le policier cinq ans de prison ferme et un million de francs CFA d’amende, soit la même peine demandée contre le journaliste. Après les réquisitions, l’agent de police a sollicité la clémence de la Cour. Le verdict est attendu le 24 mars 2026.

Faut-il le notifier, pour les mêmes infractions, quatre autres personnes ont déjà comparu, dont un ingénieur en câblage, un technicien vétérinaire et un élu local de Parakou.

Partager cet articles
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *