Drame au CHUD de l’Ouémé :  trois agents de santé condamnés pour homicide involontaire après la mort d’une femme enceinte

Narcisse Aberekere
6 min
Justice

La justice s’est prononcée dans l’affaire du décès d’une jeune femme après une césarienne au CHUD de l’Ouémé. Mercredi 11 mars 2026, le tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo a condamné trois agents de santé pour homicide involontaire, au terme d’un dossier qui avait suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux.

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Après la mort d’une femme enceinte au CHUD de l’Ouémé, trois agents de santé condamnés

Le tribunal de première instance de première classe de Porto-Novo a rendu son verdict dans le dossier relatif au décès d’une jeune femme après un accouchement par césarienne au Centre hospitalier universitaire départemental de l’Ouémé. Mercredi 11 mars 2026, trois des quatre agents de santé poursuivis ont été reconnus coupables d’homicide involontaire. Le tribunal les condamne chacun à vingt-quatre mois de prison dont douze mois fermes et douze mois assortis de sursis. Ils devront également payer une amende de 200 000 francs CFA chacun.

Les trois condamnés sont par ailleurs tenus de verser solidairement la somme de cinq millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts au plaignant et à la succession de la défunte. Partie au procès, l’Institut national de la femme bénéficiera du franc symbolique. La quatrième personne poursuivie dans ce dossier pour non assistance à personne en danger a été relaxée des fins de la poursuite.

Les faits

L’affaire avait pris une dimension publique après des dénonciations du conjoint de la défunte, qui accusait certains agents de santé d’avoir mal géré la prise en charge de sa femme. En effet, les faits ont été rendus publics le dimanche 25 janvier 2026 par Marius Godonou à travers une publication sur Facebook. Il y relate le décès de son épouse survenu le 18 décembre 2025 au CHUD de l’Ouémé.

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Selon son témoignage, la grossesse entamée au début de l’année 2025 était suivie dans cet hôpital, en raison d’une césarienne antérieure. Il explique que les consultations prénatales, les analyses et les ordonnances prescrites avaient été effectuées.

Toujours selon ce récit, la patiente est admise à l’hôpital le 17 décembre 2025 après l’apparition de contractions. Une césarienne, prévue de longue date, aurait été réalisée le lendemain. L’enfant est né vivant et a été pris en charge. Mais après l’intervention chirurgicale, la patiente aurait présenté des complications. Une seconde intervention aurait été pratiquée dans la nuit. Malgré les soins administrés, elle est décédée.

Dans sa publication, le conjoint évoque notamment une hémorragie qui, selon lui, aurait été prise en charge tardivement. « Après 04h de saignement, ils se décident enfin à la ramener au bloc pour reprendre l’opération. La première ordonnance pour ça nous est présentée à 21h33. Je file l’honorer. 38 400 francs. S’en suit une série d’ordonnances similaires. Toutes ont été honorées », a-t-il écrit.

Il indique également que huit poches de sang auraient été prescrites et achetées. La patiente aurait ensuite été conduite en salle de réanimation vers 4 h 20 du matin. Le conjoint affirme toutefois que la famille est restée plusieurs heures sans nouvelles avant d’apprendre le décès.

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Une affaire remontée jusqu’au gouvernement

Les dénonciations ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. L’affaire est rapidement remontée jusqu’aux autorités. En Conseil des ministres le mercredi 28 janvier 2026, le président de la République Patrice Talon a demandé qu’une enquête soit ouverte afin de situer les responsabilités après ces accusations jugées graves.

Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a confirmé que le dossier avait été examiné au niveau des plus hautes autorités. Dans la foulée, le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin s’est rendu au CHUD de l’Ouémé pour recueillir des informations sur les circonstances du décès. Une enquête administrative a été ouverte afin d’analyser la prise en charge médicale de la patiente et le respect des procédures en vigueur. Parallèlement, le procureur de la République a engagé une enquête judiciaire.

Selon le secrétaire général adjoint et porte-parole du gouvernement, le chef de l’État a donné des instructions afin que les enquêtes se déroulent avec rigueur, dans le respect des lois et sans complaisance. Ces procédure ont enfin situé les responsabilités.

Amnesty International réagit après la décision de la justice

Amnesty International, par la voix de son bureau ouest-africain, a salué la décision des autorités béninoises dans cette affaire. «Cette décision rappelle que la sécurité des patient·e·s et la protection de leurs droits doivent être garanties. Elle souligne l’urgence d’améliorer les conditions de travail des agents de santé afin de garantir des pratiques de soins sécurisés, et de protéger les femmes des violences obstétricales. », a écrit l’organisation de défense de droits humains.

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