Député à l’Assemblée nationale et membre de PASTEF, Ismaila Wone revient sur les relations au sommet de l’État, le débat autour de la loi sur l’homosexualité et les enjeux des prochaines élections municipales. Le parlementaire réaffirme la ligne souverainiste de son camp dans les divergences politiques entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Cependant, pour lui, ce qui s’apparente à une crise entre les deux hommes est sans impact sur la gouvernance. Entretien.
Entretien Africaho : “Le leadership reste entre les mains de Sonko”, Ismaila Wone
Africaho : Depuis plusieurs mois, des tensions supposées entre le président Diomaye Faye et le premier ministre Ousmane Sonko alimentent le débat public. Le cri de ralliement “Sonko moy diomaye” qui a mobilisé plus de 54% des suffrages exprimés lors de la présidentielle de mars 2024, n’est-il désormais que du souvenir au Sénégal ?
Ismaila Wone : Oui, il existe des divergences d’approche entre le Président et le Premier ministre Ousmane Sonko. Et alors ? Depuis quand le débat d’idées est-il une faiblesse dans une démocratie ?
Ce que certains présentent comme une crise n’est en réalité que l’expression normale d’un pouvoir vivant, responsable et engagé. La vérité est simple : ces divergences n’ont aucun impact sur la gestion de l’État. Aucun blocage, aucune paralysie, aucun renoncement.
Le Premier ministre l’a dit clairement devant la représentation nationale : l’essentiel est préservé. L’État fonctionne, les réformes avancent, et les engagements pris devant le peuple sont en train d’être tenus.
Ceux qui espèrent voir des divisions pour nourrir leurs calculs politiques seront déçus. Car face aux enjeux historiques que traverse notre pays, ces deux hommes ont fait un choix clair : celui de l’intérêt national, celui de la responsabilité, celui de la fidélité au projet porté devant les Sénégalais. Qu’on se le tienne pour dit : aucune divergence ne détournera cette dynamique. Rien, ni les spéculations, ni les manœuvres, ne viendra compromettre la marche engagée.
Le camp de la coalition « Diomaye Président » accuse le premier ministre Ousmane SONKO de ne pas reconnaitre l’autorité du président qu’il a pourtant désigné en raison de son ineligibité en 2024. N’ont-ils pas raison de croire
Il faut d’abord rétablir la vérité, sans détour.
Cette dynamique politique est née de la coalition Sonko Président, portée par la candidature de Ousmane Sonko. C’est lui, et lui seul, qui a fait le choix stratégique de désigner Bassirou Diomaye Faye comme candidat pour porter le projet de Pastef, donnant ainsi naissance à la coalition Diomaye Président.
Tout le socle organisationnel repose sur Pastef : c’est notre appareil qui a assuré le parrainage, payé la caution, déposé les listes de mandataires, de plénipotentiaires et de représentants dans les bureaux de vote. Sans Pastef, il n’y aurait tout simplement pas eu de candidature viable.
Et qu’on ne réécrive pas l’histoire : ce n’est qu’à dix jours du démarrage de la campagne électorale que certains recalés du système, comme Aminata Touré et Abdourahmane Diouf, sont venus se greffer à la dynamique. Ils n’en sont ni les initiateurs, ni les bâtisseurs.
Aujourd’hui, ce qui reste de cette coalition est malheureusement pollué par des fossiles politiques et des opportunistes qui gravitent autour du pouvoir dans l’unique espoir d’obtenir des postes. Beaucoup d’entre eux sont issus du régime sanguinaire de Macky Sall, qu’ils ont servi sans réserve avant de changer opportunément de camp.
Soyons clairs : l’autorité politique, la légitimité populaire et la colonne vertébrale de ce projet demeurent entre les mains de Ousmane Sonko. Et le peuple sénégalais continue massivement de lui faire confiance.
Ce qui est inacceptable, c’est de voir ces mêmes opportunistes se permettre aujourd’hui de manquer de respect à celui qui incarne la rupture, le combat et l’espoir d’un peuple.
Nous lançons donc un appel clair et sans ambiguïté à notre camarade Bassirou Diomaye Faye : qu’il prenne ses distances avec ces acteurs rejetés par le peuple et qu’il se recentre sur sa famille politique naturelle, celle qui l’a porté, soutenu et défendu dans les moments les plus décisifs.
L’histoire ne doit pas être trahie. Le combat non plus.
En tant que député et membre de la majorité parlementaire portée par le PASTEF, parti dirigé par Ousmane Sonko, comment l’assemblée nationale peut-elle contribuer à préserver l’équilibre institutionnel dans ce contexte surtout avec les possibles conséquences sur la mise en œuvre du programme politique conduit par votre leader dans ses fonctions de premier ministre ?
Notre majorité parlementaire est une majorité responsable, disciplinée et engagée. Contrairement aux caricatures entretenues par certains, nous travaillons avec rigueur et sens de l’État aux côtés de l’exécutif.
Tous les projets de loi qui nous ont été soumis ont fait l’objet d’un examen sérieux, objectif et responsable, avant d’être votés à l’unanimité par notre groupe parlementaire. Voilà la réalité : aucun blocage, aucune obstruction, aucune crise institutionnelle.
Le Président de la République Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko travaillent en parfaite harmonie sur la gestion de l’État. L’action gouvernementale avance, les décisions se prennent, et le pays est dirigé avec responsabilité.
Les divergences évoquées ici ou là ? Elles sont strictement politiques, et relèvent du débat d’idées, pas d’un dysfonctionnement de l’État. Il ne faut ni les exagérer ni les instrumentaliser.
Qu’on soit clair : notre majorité a un cap, une ligne, un leadership.
Et ce leadership est incarné par notre président de parti, Ousmane Sonko. C’est lui qui fixe les orientations politiques, c’est autour de lui que s’articule notre engagement, et c’est avec lui que nous restons fidèles au projet porté devant le peuple sénégalais.
Le premier ministre l’a déjà évoqué lui-même parlant d’une cohabitation douce ? Mais en vrai ne serait-il pas la grosse déception s’il advenait que le Pastef devienne un parti d’opposition et ceci sous le président Bassirou Diomaye Faye ?
Je m’en tiens, pour ma part, à la position exprimée avec clarté par notre leader Ousmane Sonko. Il a reconnu l’existence de divergences politiques avec son frère, le Président de la République Bassirou Diomaye Faye. Mais il a également été très clair sur un point essentiel : sur le plan de la gestion de l’État, le travail se fait dans un esprit de responsabilité et de collaboration. C’est cela que nous retenons.
Nous ne souhaitons aucune rupture. Ce n’est ni notre objectif, ni notre ligne.
Mais si, par la force des choses, une évolution devait intervenir, alors elle devra se faire dans la responsabilité. Comme cela a été évoqué par le Premier ministre Ousmane Sonko, nous serons dans une démarche de cohabitation apaisée, guidée par un seul impératif : l’intérêt supérieur de la nation et la gestion des urgences de l’État. Au-delà des divergences, le Sénégal doit rester la priorité absolue.
Honorable, Au Sénégal, le durcissement de la législation adopté contre l’homosexualité adopté le 11 Mars 2026 à l’assemblée nationale suscite de nombreuses réactions au Sénégal et à l’internationale. Les personnes LGBTQ dans votre pays devraient commencer a envisager leur départ ?
Nous affirmons avec clarté et sans ambiguïté notre pleine souveraineté, y compris sur le plan des valeurs. Nos repères culturels, sociaux et moraux ne sont pas le fruit du hasard : ils sont le produit de notre histoire, de nos traditions et de notre identité profonde. À ce titre, ils méritent d’être respectés et préservés.
Nous refusons toute tentative, d’où qu’elle vienne, visant à nous imposer des modèles culturels extérieurs. Aucune nation, aussi influente soit-elle, n’a vocation à ériger ses propres normes en standards universels. Ce qui est valable ailleurs ne l’est pas nécessairement chez nous, et nous n’avons pas à nous justifier de nos choix de société.
Nous rappelons que le respect des peuples passe par la reconnaissance de leurs différences. Il ne peut y avoir de véritable tolérance sans acceptation sincère de la diversité culturelle. Vouloir uniformiser les valeurs revient à nier la richesse même des civilisations humaines.
Dans cet esprit, toute personne qui choisit de vivre sur notre territoire se doit de respecter les valeurs qui fondent notre société. Il ne s’agit pas d’exclure, mais d’exiger une cohérence minimale avec les principes qui nous unissent. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces fondamentaux sont libres de faire d’autres choix, ailleurs, dans des environnements plus en accord avec leurs convictions.
Le Sénégal restera fidèle à lui-même, attaché à ses racines et résolument déterminé à défendre ses valeurs, sans pression, sans complexe et sans concession.
Votre collègue Guy Marius Sagna dans une interview qu’il nous a accordée à parler de néocolonialisme culturel qu’il faut combattre ? Qu’en est il alors des aides et subventions que le pouvoir actuel reçoit encore de partenaires techniques et financiers occidentaux ?
Guy Marius Sagna a raison de dénoncer ce qu’il qualifie de nouvelle forme de colonialisme. Celle-ci est d’autant plus préoccupante qu’elle ne se manifeste pas seulement sur le plan économique ou politique, mais cherche à influencer, voire à transformer, nos repères culturels et sociaux. C’est une pression plus insidieuse, qui peut conduire à une perte progressive de notre identité.
Nous appartenons aujourd’hui à une génération décomplexée, consciente de ses valeurs et de son héritage, et déterminée à les défendre. Contrairement à certaines époques passées, nous assumons pleinement notre capacité à penser par nous-mêmes et à tracer notre propre voie. À l’image de Ousmane Sonko, formé au Sénégal, nous revendiquons un modèle enraciné localement, sans dépendance intellectuelle ou culturelle vis-à-vis de l’Occident.
Nous n’avons pas à adopter des normes extérieures sous prétexte d’aide ou de coopération. Si certains partenaires estiment que leur soutien doit être conditionné à l’alignement sur leurs valeurs, ils sont libres de revoir leur position. Mais cela ne saurait en aucun cas dicter nos choix de société.
Les réactions de pays comme la Belgique ou le Luxembourg illustrent une réalité : la dépendance économique peut parfois devenir un levier de pression. C’est précisément pour cette raison que la quête de souveraineté économique est essentielle. Elle est la condition pour garantir une véritable indépendance politique, culturelle et sociale.
La leçon est claire : tant que nous dépendrons de financements extérieurs, nous resterons exposés à des formes de chantage. Atteindre l’autonomie économique n’est donc pas seulement un objectif de développement, c’est une exigence de dignité et de liberté.
Le Sénégal doit avancer avec lucidité, détermination et confiance en lui-même, en restant fidèle à ses valeurs et en refusant toute forme de pression qui viserait à les remettre en cause.
Votre posture est plus que tranchée. Ce débat vous paraît-il avant tout juridique, politique ou sociétal ?
Ce débat est, certes, de nature sociétale, puisqu’il touche directement à nos valeurs culturelles et à notre organisation sociale. Mais réduire la question de l’homosexualité à une simple opposition de cultures serait une lecture incomplète et superficielle.
En réalité, les enjeux dépassent largement le cadre culturel. Ils s’inscrivent aussi dans des dynamiques économiques, financières et d’influence internationale. De nombreux acteurs, qu’ils soient institutionnels ou issus de groupes de pression, pèsent de tout leur poids pour orienter les décisions politiques et les normes sociales dans différents pays. Ignorer cette dimension reviendrait à ne voir qu’une partie du problème.
C’est précisément pour cette raison que la question doit être abordée avec lucidité et responsabilité. Les pays africains ne peuvent plus se contenter de subir ou de réagir ; ils doivent prendre pleinement en main leur destin, définir leurs priorités et assumer leurs choix, en toute souveraineté.
Cela implique de comprendre les rapports de force, d’identifier les influences extérieures et de bâtir des stratégies solides, notamment sur le plan économique, afin de ne pas être dépendants de décisions prises ailleurs. Car sans autonomie économique, il est difficile de garantir une véritable indépendance dans les choix de société.
Le moment est venu pour les nations africaines d’assumer pleinement leur responsabilité historique : affirmer leurs valeurs, protéger leurs intérêts et construire un modèle qui leur est propre, sans pression ni condition extérieure.
Parlons purement politique maintenant. Les prochaines élections municipales au Sénégal sont à nos portes. La coalition Diomaye President déjà en pleine structuration sur le terrain devra croiser le fer avec le Pastef, votre parti. À quoi pouvons-nous, nous attendre déjà ?
À ce stade, il est encore difficile de cerner avec précision les intentions de la coalition Diomaye Président en vue des prochaines échéances électorales. Les positions ne sont pas encore totalement clarifiées, et beaucoup d’éléments restent à observer.
En revanche, une chose est certaine : le PASTEF se prépare avec sérieux et détermination aux élections municipales. L’objectif est clair : investir les collectivités locales et y exercer une influence décisive.
Ces élections revêtent une importance stratégique majeure, car elles constituent un levier essentiel pour impulser des changements concrets au plus près des populations. Le contrôle des collectivités locales permet d’agir directement sur le quotidien des citoyens et de mettre en œuvre une vision politique à l’échelle territoriale.
Animés par une forte mobilisation et une organisation rigoureuse, nous abordons ces échéances avec confiance. Et, s’il plaît à Dieu, nous saurons démontrer pleinement notre capacité d’action, notre implantation et notre force sur le terrain.
Si la Coalition du président Diomaye Faye est en lice, ce sera donc son premier test politique, n’est-ce pas ?
Si l’on parle du pouvoir en place, notamment de la coalition Diomaye Président dans sa nouvelle configuration, les prochaines élections constitueront un test politique majeur. Un test qui pourrait bien les ramener à plus de réalisme et les amener à revoir à la baisse certaines ambitions ainsi que toute forme d’arrogance politique.
En revanche, s’agissant du PASTEF, les résultats obtenus lors de l’élection présidentielle et des législatives parlent d’eux-mêmes. Ils témoignent clairement de notre ancrage et de notre poids sur l’échiquier politique national.
Les échéances à venir seront une nouvelle occasion de confirmer cette dynamique. Elles permettront de démontrer que le PASTEF n’est pas seulement une force politique installée, mais un mouvement en constante progression, de plus en plus structuré et conquérant.
La suite se jouera sur le terrain. Et comme on dit : wait and see.
Quel regard portez-vous sur l’état actuel des forces politiques qui ont animé la scène politique au Sénégal sous l’ex président Macky Sall, à l’approche des échéances locales ? Sont-elles toujours présentes ?
L’arrivée du PASTEF au pouvoir a profondément reconfiguré l’espace politique. Une nouvelle manière de faire de la politique s’est imposée, centrée sur les enjeux économiques, le développement et les préoccupations concrètes des citoyens.
Ce changement de paradigme a obligé l’ensemble de la classe politique à se repositionner. Désormais, le débat public ne peut plus se limiter à des postures ou à des discours sans substance ; il exige des propositions claires, des visions structurées et une capacité réelle à répondre aux attentes du pays.
Face à cette transformation, ce qu’il reste de l’opposition semble éprouver des difficultés à s’organiser et à s’inscrire dans cette nouvelle dynamique. Le décalage est visible : là où certains avancent avec une ligne claire et des priorités définies, d’autres peinent encore à trouver leur place et à suivre le rythme du débat politique actuel.
Cette situation donne parfois l’impression d’une opposition désorientée, en manque de repères dans une arène politique qui a profondément évolué.
Merci Honorable
C’est moi !
