Pauvreté, services sociaux, emploi au Bénin : ce que révèle une enquête de l’Instad

Narcisse Aberekere
6 min
Des villageois fermiers

Les résultats de la dernière Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, conduite par l’Instad pour la période 2021-2022, livrent une photographie précise du quotidien des Béninois. Des avancées sont notées, mais la pauvreté et les inégalités restent bien ancrées, notamment en milieu rural.

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Mieux-être et précarité : le quotidien des ménages béninois

L’Institut national de la statistique et de la démographie a achevé la restitution des résultats de la deuxième Enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages, Ehcvm2 Bénin 2021-2022. Réalisée à partir d’enquêtes de terrain, de questionnaires administrés auprès des ménages, d’entretiens directs et de l’analyse des dépenses de consommation, cette étude vise à mieux comprendre les réalités sociales et économiques des populations.

Revenus, logement, éducation, santé, emploi ou sécurité alimentaire, l’enquête passe au crible les principales dimensions du bien-être. En effet, selon le document rendu public le 22 janvier 2026, les données montrent que la pauvreté monétaire demeure une réalité pour une part importante de la population. De nombreux ménages vivent encore avec un niveau de consommation inférieur au seuil national de pauvreté, ce qui limite leur capacité à faire face aux besoins essentiels.

La situation est plus préoccupante en milieu rural, où les revenus dépendent largement des activités agricoles à faible rendement. Les ménages dirigés par des personnes peu instruites, ainsi que ceux comptant de nombreux dépendants, sont les plus exposés. À l’inverse, certaines zones urbaines enregistrent une légère amélioration du niveau de consommation, portée par le développement des activités commerciales et de services.

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Au-delà des revenus, l’analyse de la pauvreté non monétaire met en évidence des privations persistantes. De nombreux ménages cumulent des difficultés liées au logement, à l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à l’assainissement. Cette situation reste particulièrement marquée dans les zones rurales et les périphéries urbaines en forte croissance démographique.

Dans le domaine du logement, les écarts sont nets entre villes et campagnes. Si la majorité des ménages urbains vit dans des habitations construites en matériaux durables, une part importante des logements ruraux demeure précaire, exposant les occupants aux aléas climatiques. L’accès à l’électricité progresse, mais reste inégal. En milieu urbain, le réseau électrique est largement accessible, tandis qu’en zone rurale, l’éclairage repose encore sur des sources alternatives, souvent moins sûres et plus coûteuses à long terme. L’accès à l’eau potable s’améliore également, même si de nombreux ménages continuent d’utiliser des sources non améliorées, avec des risques sanitaires réels.

Sur le plan sanitaire, l’enquête révèle une fréquentation encore insuffisante des structures de santé formelles, surtout chez les populations rurales et les ménages pauvres. La distance, le coût des soins et le manque de personnel qualifié constituent des obstacles majeurs. Les dépenses de santé représentent une charge importante pour de nombreux foyers, exposant certains à des dépenses dites catastrophiques, susceptibles d’aggraver leur précarité.

En matière d’éducation, des progrès sont observés, notamment au niveau primaire. Les taux de scolarisation augmentent, en particulier chez les filles, traduisant les effets des politiques éducatives mises en œuvre. Toutefois, les disparités persistent, surtout en milieu rural. Les abandons scolaires précoces, liés à la pauvreté, au travail des enfants et à certaines contraintes socioculturelles, continuent de freiner l’amélioration du niveau d’instruction.

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Le marché du travail reste largement dominé par l’emploi informel. Une majorité des actifs exerce dans des activités à faible productivité, sans protection sociale ni stabilité de revenus. Les jeunes et les femmes sont les plus touchés par le sous-emploi et la précarité. Les données confirment par ailleurs que le niveau d’instruction demeure un facteur déterminant pour accéder à des emplois mieux rémunérés et plus stables.

La sécurité alimentaire reste fragile. Si certains ménages parviennent à couvrir leurs besoins, une proportion non négligeable vit en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère. Les ménages agricoles sont particulièrement vulnérables aux chocs climatiques, aux fluctuations des prix des denrées et à la baisse des rendements.

Dans l’ensemble, l’Ehcvm2 montre que le bien-être des ménages connaît des améliorations, mais de manière inégale. Les avancées observées dans certains domaines sont souvent compensées par des privations persistantes dans d’autres. Les résultats de cette enquête constituent ainsi un outil d’aide à la décision pour orienter les politiques publiques et les actions sociales en faveur d’une amélioration durable des conditions de vie des populations.

Il convient de souligner que, ce document a été élaboré par Laurent Mahounou Hounsa, directeur général de l’INStaD, Jules Daga directeur général adjoint de l’INStaD, Rémy Hounguevou, directeur des statistiques démograpiques et Sociales.

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