La crise que traversent le Bénin et le Niger depuis l’arrivée au pouvoir du général Tiani connait un nouvel épisode avec des expulsions réciproques de personnels diplomatiques. Après une première expulsion prononcée par Cotonou, de deux fonctionnaires de l’Ambassade nigérienne, Niamey a répliqué en déclarant persona non grata le chargé d’affaires béninois. Et en dessous de ce nouvel épisode, des soupçons relatives au coup d’Etat déjoué du 7 décembre dernier à Cotonou. Mais que s’est-il réellement passé ?
Crise entre le Bénin et le Niger : ce que l’on sait des expulsions croisées
Deux diplomates nigériens seraient-ils impliqués dans la tentative de coup d’Etat perpétrée dimanche 7 décembre par des mutins à Cotonou ? Impossible de l’affirmer en tout cas pour l’heure au regard du dossier encore pendant devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Cependant, selon des informations concordantes parvenues à Africaho, deux agents nigériens en poste à l’ambassade du Niger à Cotonou ont été contraints de quitter le territoire béninois par décision des autorités. Il s’agit notamment des d’Illia Boukari et de Balkissa Ibrahim, respectivement agent de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) et commissaire de police.
Aucun communiqué officiel n’a été publié par les autorités béninoises pour justifier cette décision; du moins pour l’heure. Toutefois, d’après nos sources, ces deux agents, bénéficiant d’un statut diplomatique, « auraient été impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans les tristes événements du 7 décembre, ndlr », jugés sensibles par les autorités béninoises. En raison de leur immunité diplomatique, aucune poursuite n’aurait été engagée. La seule option retenue aurait donc été leur départ du pays. Les deux intéressés ont alors quitté Cotonou le jeudi 1er janvier 2026 à bord d’un vol commercial, précise à Africaho, une source diplomatique proche du gouvernement béninois.
Niamey a riposté, le chargé d’affaires béninois déclaré persona non grata
En réaction, les autorités nigériennes ont déclaré persona non grata le premier conseiller de l’ambassade du Bénin à Niamey, chargé de diriger la mission diplomatique depuis le départ de l’Ambassadeur. Pour rappel, le Bénin avait rappelé courant février 2025, Gildas Agonkan, alors Ambassadeur du Bénin près le Niger pour des propos jugés non conformes à la ligne des autorités béninoises. « Au nom de tous les Béninois, au nom des autorités du Bénin, demandez pardon au peuple nigérien parce que nous sommes des frères. Des choses graves se sont passées qui ont engendré des problème ici au Niger, ici à Gaya », avait-il alors déclaré publiquement.
C’est donc à celui qui gère donc les affaires diplomatiques courantes côté béninois, qu’il a été signifié de quitter le territoire nigérien dans un délai de 48 heures. Mais avant même cette décision, renseigne une source diplomatique contactée au Niger par Africaho, le diplomate béninois avait adressé un courrier à la communauté béninoise du Niger annonçant la suspension des activités de l’ambassade du Bénin à compter du 5 janvier 2026. Une annonce qui a suscité de nombreuses interrogations à Cotonou.
Selon plusieurs sources diplomatiques béninoises, cette note ne refléterait pas une décision formelle de fermeture de l’ambassade. Le gouvernement béninois n’aurait pas, à ce stade, acté la cessation de ses activités diplomatiques au Niger. L’origine exacte de la suspension de l’Ambassade du Bénin près le Niger — initiative personnelle ou instruction venue de Cotonou — reste encore floue.
Le Niger, le côté réfractaire à la décrispation ?
Déjà très crispées depuis le coup d’Etat qui a renversé le président Mohamed Bazoum, les relations entre le Bénin et le Niger risquent davantage de s’aggraver. Pire, le nouvel épisode notamment avec la suspension des activités de l’Ambassade du Bénin près le Niger, risque d’éloigner encore les deux pays, de la perspective d’une normalisation entre de leurs relations, pourtant régulièrement évoquée par le pouvoir de Patrice Talon qui plus d’une fois, a exprimé sa disponibilité pour un retour à la normale des choses.
Mais du coté de Niamey, les autorités semblent ne pas investir dans la même dynamique. D’ailleurs, le Niger maintient toujours sa frontière terrestre fermée avec le Bénin depuis juillet 2023 malgré les efforts fournis par le Bénin afin que la circulation des personnes et des biens puissent reprendre normalement à la frontière que partagent les deux pays.
Les relations entre les deux pays restent également plombées par des accusations portées par le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte nigérienne, affirmant que le Bénin abriterait une base étrangère destinée à déstabiliser son pays. Des accusations fermement démenties à plusieurs reprises par les autorités béninoises.
À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été faite par les deux capitales pour éclairer précisément les motivations et la portée réelle de ces décisions.
