« Je n’ai aucune intention de mettre fin à mes jours », Candide Azannaï prend la parole depuis la prison

Africaho
13 min
Candide Azannaï, ancien ministre béninois

L’ancien ministre Candide Azannaï affirme être soumis à des conditions de détention qu’il juge contraires à ses droits et exprime de vives inquiétudes pour sa sécurité physique. Il appelle à la transparence et demande qu’une enquête indépendante soit menée en cas d’incident.

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Bénin : Candide Azannaï dénonce ses conditions de détention !

Détenu depuis le 19 décembre 2025 à la maison d’arrêt d’Akpro-Missérété, Candide Azannaï est sorti de son silence à travers une déclaration adressée à la Nation. L’ancien ministre affirme avoir choisi jusqu’ici de ne pas s’exprimer afin de ne pas interférer avec la procédure judiciaire en cours, mais estime désormais nécessaire d’alerter l’opinion publique sur ce qu’il décrit comme une dégradation de ses conditions de détention.

Dans son texte, il évoque notamment un placement à l’isolement permanent, l’absence de promenades, des difficultés d’accès aux soins, des coupures d’eau, ainsi que des visites nocturnes répétées dans sa cellule. Il fait également part de ses interrogations à propos d’un déplacement vers la CRIET, au cours duquel le véhicule de transfert aurait, selon lui, quitté son itinéraire habituel.

Par ailleurs, Candide Azannaï affirme n’avoir « aucune intention de mettre fin à ses jours » et demande que toute atteinte éventuelle à son intégrité physique fasse l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et approfondie.

DÉCLARATION À LA NATION SUR LES CONDITIONS DE MA DÉTENTION ET LES MENACES QUI PÈSENT SUR MA SÉCURITÉ : pour que nul ne puisse dire qu’il ne savait pas.

Avant toute chose, il me faut exprimer ma profonde gratitude.

Le 14 juin 2026, à l’occasion de mon soixante-septième (67e) anniversaire, des milliers de Béninoises et de Béninois, de toutes sensibilités politiques, sociales et spirituelles, ont tenu à me témoigner leur affection, leur estime et leur soutien. À travers leurs messages, leurs publications, leurs prières et leurs prises de parole, ils ont refusé que l’injustice devienne une habitude et que le silence s’impose comme une norme.

Je leur adresse mes remerciements les plus sincères.

Je tiens également à saluer le professionnalisme des femmes et des hommes des médias qui depuis le début de cette affaire et particulièrement les 16, 17 et 18 juin derniers, ont choisi d’exercer leur métier avec courage, indépendance et responsabilité en portant à la connaissance du public des faits qui méritent d’être connus.

Depuis le début de cette affaire, ce que nous demandons n’a jamais varié : la vérité, la transparence et le respect des droits les plus élémentaires d’un citoyen privé de sa liberté depuis le 19 décembre 2025.

Depuis le commencement de cette épreuve, j’ai volontairement choisi le silence. Je me suis abstenu de toute communication publique afin de ne pas être accusé d’interférer avec une procédure judiciaire dont chacun peut apprécier les conditions dans lesquelles elle se déroule.

NON PAR RÉSIGNATION. NON PAR FAIBLESSE.

Mais parce que je considère qu’un homme attaché à l’État de droit doit d’abord respecter les institutions, même lorsqu’il estime être victime d’une profonde injustice. J’ai donc refusé d’alimenter la polémique. J’ai préféré laisser la procédure suivre son cours. Aujourd’hui encore, je demeure animé par ce même état d’esprit.

Cependant, il est de mon devoir d’alerter l’opinion publique nationale et internationale sur des faits particulièrement préoccupants concernant les conditions de ma détention provisoire, ainsi que sur certains agissements du régisseur de la maison d’arrêt d’Akpo-Missérété, où je suis détenu depuis plus de six (06) mois.

Depuis mon incarcération, je suis maintenu en isolement vingt-quatre heures sur vingt-quatre ( 24h / 24h ), Contrairement aux autres détenus, je n’ai pas bénéficié des périodes de promenade auxquelles tout détenu peut légitimement prétendre et priver de mon médecin au vue de mon état de santé dégradé depuis décembre.

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À plusieurs reprises, j’ai saisi par écrit le Directeur de l’Agence pénitentiaire du Bénin ainsi que le Procureur spécial afin de dénoncer cette situation. En réponse, le régisseur, le commissaire de police José Olatoundé ATIKA, est venu un soir me proposer d’effectuer seul une séance de course à pied à 19 heures, à un moment où il faisait déjà sombre et nuit, où la cour était entièrement vide et où les autres détenus avaient regagné leurs cellules.

Je me suis interrogé sur les raisons d’une telle proposition. Par prudence, je l’ai déclinée, demandant simplement que les dispositions prévues par mon mandat de dépôt ainsi que les textes applicables soient respectées, dans les mêmes conditions que pour les autres détenus.

Par la suite, un rapport a été rédigé, laissant entendre que j’aurais refusé mes heures de promenade, sans restituer la chronologie complète des faits ni les circonstances précises dans lesquelles cette proposition m’avait été faite.

À ces événements se sont ajoutés des comportements que j’ai vécus comme des atteintes répétées à ma dignité. À plusieurs reprises, le régisseur est entré dans ma cellule sans même prendre le soin de frapper à la porte, y compris à des moments relevant de mon intimité. Cette manière d’agir, ajoutée à une attitude que j’ai perçue comme empreinte de désinvolture et de manque de considération, m’a conduit à lui rappeler, avec calme et constance, que je demeure, à ce jour, présumé innocent et que cette présomption doit se traduire par le respect de ma dignité et de mes droits.

J’ai systématiquement porté ces faits à la connaissance de l’autorité hiérarchique compétente. Je m’interroge aujourd’hui : ces différents courriers ont-ils effectivement été transmis ?

Cette attitude semble, par ailleurs, s’étendre jusqu’à mon conseil. Plus préoccupant encore, lors des travaux réalisés au sein de la maison d’arrêt, ma cellule est restée envahie pendant plusieurs jours par une poussière particulièrement dense, rendant l’air difficilement respirable. J’ai demandé, soit à être déplacé , soit à ce que les travaux soient aménagés afin de préserver des conditions minimales de détention.

Il m’a été répondu : « C’est la place qui vous a été réservée », avant qu’il ne me soit demandé de nettoyer moi-même cette poussière. Par la suite, d’autres difficultés sont apparues, notamment une coupure d’eau ayant duré près d’une semaine dans ma cellule.

Je m’interroge.

Quel est l’objectif d’un tel traitement ? Au nom de quoi les exigences les plus élémentaires de dignité humaine cesseraient-elles de s’appliquer à un détenu placé en détention provisoire ? Le jeudi 18 juin dernier, j’ai comparu pendant plus de huit ( 08 ) heures devant le juge d’instruction de la CRIET. Ce n’est pourtant pas cette audition, qui aura duré plus de huit heures, qui constitue, à mes yeux, le fait le plus préoccupant. Elle s’est déroulée avec calme et sérénité, sans renoncement avec les convictions que j’ai toujours assumées publiquement.

Depuis longtemps , j’ai constamment appelé à une Résistance Nationale pacifique et non violente, appelant inlassablement à un Dialogue National Inclusif afin que toutes les filles et tous les fils de notre pays puissent se retrouver, dans un esprit de responsabilité, et de réconciliation pour préserver l’héritage précieux de la Conférence nationale des Forces vives de la Nation de février 1990.

Le plus préoccupant était qu’à l’aller, j’ai été transporté dans un véhicule de type pick-up aux vitres teintées. Les deux personnes qui m’escortaient ( le conducteur et le régisseur ) portaient des gilets pare-balles. Moi, je n’en portais aucun, alors même que l’affaire est toujours en cours d’instruction et que ma sécurité devrait constituer une priorité.

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Au retour, le véhicule a quitté son itinéraire habituel avant de s’immobiliser dans un endroit qui ne correspondait pas au trajet normal vers la maison d’arrêt. Le régisseur est descendu du véhicule pendant plusieurs instants. J’ai demandé au conducteur où nous nous trouvions et pourquoi cet arrêt avait été effectué. Je n’ai obtenu aucune réponse véritable.

Je demeure aujourd’hui sans explication.

Pourquoi cet arrêt hors itinéraire ? Pourquoi le régisseur est-il descendu du véhicule ? Pourquoi cette interruption du trajet ? Un projet de disparition ou d’enlèvement ? Ces interrogations sont particulièrement légitimes d’autant qu’il a fallu que j’insiste pour que le trajet soit repris.

Depuis mon retour de comparution, le 18 juin dernier ma cellule fait l’objet de visites inopinées et répétées, intervenant tard dans la nuit, effectuées par le régisseur susmentionné, accompagné de l’un de ses collaborateurs, dans des circonstances opaques et pour des motifs manifestement non déclarés.

Dans un contexte aussi sensible, chacun comprendra qu’un tel épisode puisse susciter une profonde inquiétude. Je refuse donc de me taire face à des faits qui alimentent des craintes sérieuses pour ma sécurité physique.

Je préfère alerter aujourd’hui plutôt que de laisser demain d’autres parler à ma place. Comme le rappelait Platon dans « La République » : « Le prix que les hommes honnêtes paient pour leur indifférence aux affaires publiques est d’être gouvernés par des hommes pires qu’eux. »

Refuser le silence lorsqu’il s’agit de la vérité et de la justice n’est pas un acte de défiance envers les institutions; c’est un devoir envers la cité. Je tiens à affirmer avec la plus grande clarté que je n’ai jamais eu, que je n’ai aujourd’hui, et je n’aurais aucune intention de mettre fin à mes jours comme ces philosophes dont la mort est généralement considérée comme un suicide.

Toute atteinte qui serait portée à mon intégrité physique devrait faire l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et approfondie.

DES INQUIÉTUDES GRAVES EXISTENT QUANT À MA SÉCURITÉ.

Si le moindre incident devait m’arriver au cours de cette détention, je demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles il serait intervenu et que les responsabilités soient établies sans complaisance. Je demeure serein et convaincu que la vérité finit toujours par triompher et que le droit ne peut durablement céder devant l’arbitraire.

L’histoire jugera chacun à l’aune de ses actes.

Comme l’enseignait Aristote dans ”La Politique” : « La justice est la vertue suprême de la cité. » Lorsqu’elle s’efface devant l’arbitraire, ce n’est pas seulement un individu qui est atteint , mais l’ordre même sur lequel repose la confiance des citoyens envers leurs institutions.

Au peuple béninois tout entier, j’exprime ma gratitude et renouvelle mon engagement indéfectible au service de notre Nation avec droiture, dignité et intégrité. « La vérité est fille du temps, et non de l’autorité. » Francis Bacon. Je demeure convaincu que les épreuves passent, mais que les peuples qui restent fidèles à la vérité, à la justice et à la paix finissent toujours par triompher.

Candide Armand- Marie AZANNAÏ
Ancien Ministre, Porte – Parole du Gouvernement,
Ancien Ministre Délégué Chargé de la Défense Nationale,
Ancien Membre de la Conférence des Présidents de l’Assemblée Nationale,
Ancien Juge à la Haute Cour de Justice.
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