Plus de 200 personnes ont marché vendredi 16 octobre 2026 à Dakar, au Sénégal, pour réclamer justice après la mort d’Astou Pierre, une femme de 40 ans décédée des suites d’une agression à l’acide attribuée à son ex-compagnon. Rassemblés dans son quartier, les manifestants ont rejoint la préfecture de Grand Dakar pour exiger l’arrestation du suspect, toujours en fuite, et dénoncer les violences faites aux femmes.
Féminicides au Sénégal : plus de 200 personnes mobilisées pour Astou Pierre
Au son de versets du Coran, proches, amis et habitants du quartier ont exprimé leur douleur et leur indignation face à la disparition d’Astou Pierre. La victime avait été aspergée d’acide par son ancien compagnon à la fin du mois de juin. Après 21 jours en réanimation et 47 jours de soins intensifs, elle a succombé à ses blessures, laissant derrière elle une fille.
« Nous exigeons que toute la lumière soit faite et que justice soit rendue », a déclaré le petit frère de la victime, selon RFI.
Munie d’une grande banderole portant l’inscription « Justice pour Astou », Aminata, une amie de la défunte, a dénoncé la violence de l’agression. « On n’arrive pas à imaginer, surtout, la souffrance. L’acide, c’est inhumain, en fait. Son geste, c’est inhumain », a-t-elle confié.
Près de quatre mois après l’agression, aucune arrestation n’avait été enregistrée, selon les informations rapportées lors de la mobilisation. La famille de la victime a pourtant déposé une plainte. Cette absence d’interpellation suscite l’incompréhension et la colère des habitants. Pour Awa Diagne, une voisine d’Astou Pierre, la situation est difficilement acceptable.
La marche a ainsi permis aux riverains de faire entendre leur demande de justice et d’interpeller les autorités sur la nécessité de retrouver le suspect.
Les femmes dénoncent un sentiment d’insécurité
La mobilisation a également donné la parole à des femmes qui disent craindre les violences et s’interrogent sur leur protection. Vêtue d’un tee-shirt noir affichant le visage souriant d’Astou Pierre et la mention « Une vie brisée par la violence », Aïcha Goudiaby a dénoncé l’absence d’arrestation malgré les enquêtes annoncées.
« On nous dit qu’il y a des enquêtes, on nous dit qu’il y a des enquêtes. Et depuis lors, rien, rien, rien, rien. Il n’y a pas de condamnation. On est des femmes, après tout. On est des jeunes également. Ce qui se passe au Sénégal nous fait peur, nous les femmes », a-t-elle déclaré.
À ses côtés, Diodio Fall, âgée de 19 ans, a également exprimé ses inquiétudes face aux violences faites aux femmes. Elle estime que les victimes ne se sentent pas suffisamment protégées et déplore, selon son témoignage, le manque de considération accordé à certaines plaintes déposées auprès de la police.
Ces prises de parole illustrent les préoccupations des participantes, qui réclament une meilleure prise en charge des victimes et des réponses judiciaires à la hauteur de la gravité des faits dénoncés.
Briser le silence autour des violences faites aux femmes
À l’origine du collectif Justice pour Astou Pierre, Ababacar Saddikh appelle à une mobilisation plus large de la société contre les violences faites aux femmes. Il dénonce notamment le poids du silence entourant certaines violences au sein des familles. Il évoque le « soutoureu », une notion sociale associée à la discrétion et à la préservation des affaires familiales, qui peut contribuer, selon lui, à maintenir certaines situations dans le silence.
Pour le collectif, la mobilisation des habitants constitue déjà une étape importante dans la sensibilisation de l’opinion publique et la lutte contre l’indifférence. Devant la préfecture de Grand Dakar, les manifestants ont formulé plusieurs demandes. Ils souhaitent que les forces de police intensifient les recherches pour retrouver le suspect, que la justice fasse avancer le dossier et que le féminicide soit inscrit dans le Code pénal sénégalais.
Au-delà du cas d’Astou Pierre, cette marche remet au premier plan la question de la prévention des violences faites aux femmes, de la protection des victimes et de la lutte contre l’impunité.
