À Cotonou comme à Ouidah et même dans le cercle fermé du Palais de la Marina, les images ne trompent plus. À quelques semaines de l’investiture du nouveau président élu prévue le 24 mai, Patrice Talon imprime un style inédit dans la préparation de son successeur, Romuald Wadagni. Plus qu’une simple transition, c’est une véritable formation accélérée au sommet de l’État qui se joue sous les yeux des Béninois.
Bénin : Talon et Wadagni, une transition qui bouscule les codes
Dauphin et fin “produit politique” du laboratoire Talon dont l’audace dans l’orientation des politiques dans la gouvernance publique a fait dans un premier temps dans le rang des Béninois, des “déçus” visiblement transformés en des “admiratifs”, Romuald Wadagni n’agira sûrement pas comme un novice, une fois investi 24 mai prochain Président de la République. Déjà avec sa “douillette longévité” dans le gouvernement de son mentor qui sans hésiter, l’a laissé imprimer son intelligentsia dans les départements des finances et de la coopération, il semble bien plus qu’imbibé dans les réalités du pouvoir.
Après sa brillante élection à l’issue de la présidentielle du 12 avril dernier avec 94,27% selon les chiffres de la Cour constitutionnelle, le 5e président du Bénin sous l’ère du Renouveau démocratique est déjà en immersion pour la fonction présidentielle. Le mardi 28 avril 2026, c’est un président sortant qui comme un “père aimant”, a tenu la main de son successeur pour le plonger dans le moule du pouvoir suprême. En effet, Patrice Talon et son successeur ont été aperçus côte à côte à Ouidah, visitant des sites emblématiques comme le Temple des Pythons. Une scène loin d’être anodine. Car quelques jours auparavant déjà, ils partageaient une sortie sur le nouveau terrain de golf d’Avlékété. Des déplacements conjoints, répétés et assumés qui traduisent une volonté claire. Préparer le président élu au contact direct des réalités du terrain et des grands projets structurants.
Wadagni pas encore investi, mais déjà dans l’action de la fonction présidentielle
Contrairement à ce que plus d’un pourraient penser, cette proximité visible semble bien n’être que la partie émergée d’un dispositif plus profond. En coulisses, le Bénin expérimente une forme de cohabitation politique inédite. Pour la première fois, un président en exercice et son successeur élu travaillent ensemble dans une logique de continuité assumée. Conseils des ministres, suivi des chantiers, échanges stratégiques, etc. Romuald Wadagni n’est plus seulement dans l’attente de la fonction présidentielle, il est schématiquement déjà dans l’action sous l’œil de son mentor.
Pour les plus avertis des Béninois, ce “compagnonnage” prend tout son sens au regard du profil du président élu. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, également en charge de la Coopération, Romuald Wadagni dispose déjà d’une solide maîtrise des leviers économiques et diplomatiques du pays. Mais au-delà des chiffres et des négociations internationales, c’est désormais la dimension politique et symbolique du pouvoir qu’il affine.
En l’accompagnant sur le terrain et dans les arcanes de la décision publique, Patrice Talon joue un rôle de mentor institutionnel. Il ne s’agit pas simplement de transmettre des dossiers, mais de partager une méthode, une lecture des priorités nationales et un sens du timing politique. Une manière de garantir que le cap engagé depuis 2016 ne connaîtra ni rupture ni flottement.
Dans un continent où les transitions politiques sont parfois marquées par des tensions ou des incertitudes, le modèle béninois tranche par sa sérénité. Cette co-construction temporaire de l’action publique, loin d’être une simple mise en scène selon plusieurs personnalités proches des deux hommes interrogées par Africaho, installe une culture de responsabilité partagée et renforce l’image d’un État stable et prévisible.
Reste que cette expérience, aussi innovante soit-elle, suscite aussi des interrogations. Jusqu’où ira cette proximité entre Talon et Wadagni? Le nouveau président sera-t-il véritablement autonome durant tout son mandat ? Autant de questions qui alimentent le débat, sans toutefois occulter l’essentiel qui reste que le Bénin est en train de redéfinir les codes de la transition politique.
Une chose est sûre, en installant progressivement son successeur dans les habits du pouvoir, Patrice Talon ne prépare pas seulement une passation. Il construit, étape par étape, l’ère Wadagni.
