Au Bénin, une enquête publiée en août 2026 par le réseau panafricain Afrobarometer, évoque les difficultés persistantes rencontrées par les 18-35 ans sur le marché du travail. Si leur niveau d’éducation progresse et que l’entrepreneuriat séduit une large majorité, l’insertion professionnelle reste difficile. Plus d’un jeune sur deux interrogé se déclare sans emploi et à la recherche d’un travail.
Bénin : le chômage des jeunes reste un défi majeur, selon Afrobarometer
Plus d’un jeune sur deux se déclare sans emploi au Bénin. C’est l’un des enseignements de l’enquête d’Afrobarometer sur l’accès des jeunes à l’emploi. Le constat ressort avec force des données de l’enquête citées par Afrique sur 7. 51 % des Béninois âgés de 18 à 35 ans interrogés déclarent être sans emploi et à la recherche d’un travail. Cette proportion tombe à 30 % chez les 36-55 ans et à 16 % chez les personnes âgées de plus de 55 ans.
Selon les précisions du réseau panafricain de recherche par sondage qui mesure l’opinion publique sur la démocratie, la gouvernance, l’économie et la société en Afrique, ce chiffre doit toutefois être interprété avec prudence. Car, il ne correspond pas au taux officiel de chômage établi selon la définition statistique de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il traduit plutôt la perception déclarée des personnes interrogées quant à leur situation face à l’emploi.
L’étude met par ailleurs en évidence un paradoxe. Alors que les jeunes sont aujourd’hui davantage scolarisés que les générations précédentes, cette progression ne se traduit pas systématiquement par une insertion professionnelle rapide. 56 % des jeunes de 18 à 35 ans interrogés par Afrobnarometer ont atteint au moins le niveau secondaire ou post-secondaire, contre une proportion sensiblement plus faible chez les générations plus âgées.
Le diplôme améliore donc les perspectives, mais ne suffit pas toujours à franchir rapidement la porte du marché du travail.
Le manque de formation pointé du doigt

Pour expliquer ces difficultés, les jeunes interrogés identifient plusieurs obstacles. Le manque de formation ou de préparation adéquate arrive en tête, cité par 29 % des répondants.
La réticence à accepter certains emplois est évoquée par 19 % des personnes interrogées, tandis que 17 % pointent le manque d’expérience exigée par les employeurs.
Cette dernière difficulté constitue un véritable cercle vicieux pour de nombreux jeunes diplômés. « On nous réclame deux, trois, cinq ans d’expérience, alors même que pour la plupart nous sortons fraîchement de l’université. Si tout le monde nous réclame ces nombres d’années d’expérience, qui nous donnera finalement la chance de débuter ? Le critère d’expérience est à revoir », déplore Jean-Pierre D., interrogé dans le cadre de cette analyse.
L’inadéquation entre les qualifications acquises à l’école et les compétences recherchées par les entreprises constitue également un frein. Elle est citée par 12 % des répondants. À cela s’ajoutent le manque de compétences entrepreneuriales ou de motivation, évoqué par 11 % des personnes interrogées.
Ces résultats montrent ainsi que la question du chômage des jeunes ne se limite pas au nombre d’emplois disponibles. Elle pose également celle de l’adéquation entre formation, compétences et besoins du marché du travail.

L’entrepreneuriat, le recours de 68 % des jeunes
Face aux difficultés d’accès aux emplois salariés, l’entrepreneuriat apparaît comme une alternative privilégiée. 68 % des jeunes âgés de 18 à 35 ans interrogés déclarent préférer créer leur propre entreprise. À l’inverse, 18 % privilégient un emploi dans l’administration ou le secteur public, tandis que 7 % souhaitent travailler dans une entreprise privée.
Cette préférence pour l’entrepreneuriat traduit à la fois la volonté des jeunes de devenir autonomes et la nécessité de trouver des alternatives dans un marché de l’emploi jugé difficile. Mais créer une entreprise nécessite des ressources, des compétences et un accompagnement adaptés.
La question du financement demeure ainsi centrale pour transformer les intentions entrepreneuriales en véritables activités économiques durables.
Création d’emplois et financement au cœur des attentes
Les attentes exprimées vis-à-vis de l’action publique sont également révélatrices. 40 % des jeunes interrogés estiment que la création d’emplois devrait constituer une priorité d’investissement du gouvernement.
La formation professionnelle arrive en deuxième position, avec 23 %, tandis que 21 % souhaitent davantage d’accès aux prêts pour créer leur propre entreprise.
Les attentes des jeunes dépassent donc la seule recherche d’un emploi salarié. Ils souhaitent également disposer des compétences, des financements et des conditions nécessaires pour créer leurs propres activités.
Sur la question de la priorité accordée à la création d’emplois dans l’action gouvernementale, 31 % des jeunes considèrent qu’elle devrait occuper une place prioritaire. En revanche, seuls 29 % portent une appréciation positive sur le bilan du gouvernement en matière de création d’emplois.
Entre difficultés d’insertion, montée de l’entrepreneuriat et attentes fortes en matière de formation et de financement, les données d’Afrobarometer dessinent ainsi le portrait d’une jeunesse béninoise qui non seulement aspire à travailler, à entreprendre, mais aussi à améliorer ses conditions de vie.
