Au Bénin, Gilles Badet, spécialiste des questions institutionnelles et du protocole, a apporté des éclaircissements sur la portée réelle du nouveau décret sur la préséance protocolaire. Selon ses explications, l’ordre de préséance n’établit aucune hiérarchie de pouvoir.
Préséance protocolaire au Bénin : ce que change réellement le nouveau décret
Gilles Badet explique pourquoi le président du Sénat devance celui de l’Assemblée désormais au Bénin. Adopté en mars 2026, le texte fixe l’ordre de préséance entre les autorités publiques lors des cérémonies officielles et autres manifestations protocolaires. Il intervient dans un contexte marqué par la recomposition du paysage institutionnel béninois, notamment avec l’installation du Sénat et la consolidation du système parlementaire bicaméral.
Pour Gilles Badet, ce décret ne doit pas être perçu comme une hiérarchisation du pouvoir entre institutions, mais comme un simple instrument d’organisation protocolaire. Il a rappelé que la préséance sert essentiellement à déterminer l’ordre de passage des personnalités, leur emplacement lors des cérémonies officielles ou encore la distribution des honneurs.
« La préséance est un outil de coordination protocolaire, distinct des attributions réelles des institutions », a-t-il expliqué, insistant sur le fait qu’elle « ne mesure ni l’importance juridique d’un organe, ni sa capacité décisionnelle dans l’exercice du pouvoir ».
Selon l’ancien secrétaire général de la Cour constitutionnelle, les ajustements introduits par le nouveau texte répondent à la nécessité d’adapter les usages protocolaires à la nouvelle architecture institutionnelle du pays. Le décret prend ainsi en compte l’existence du Sénat ainsi que la place de ses dirigeants dans l’ordre protocolaire.
Badet souligne toutefois que cette adaptation ne modifie en rien l’équilibre des pouvoirs entre les institutions. « La place qui est donnée à telle ou telle autorité dans l’ordre protocolaire n’a pas d’incidence sur sa compétence administrative ou sa légitimité politique », a-t-il précisé.
Gilles Badet explique le cas du président du Sénat devant celui de l’Assemblée
L’un des points ayant particulièrement retenu l’attention concerne la position protocolaire du président du Sénat, placé avant celui de l’Assemblée nationale. Une disposition qui a alimenté de nombreuses réactions.
Sur cette question, Gilles Badet rappelle que le Parlement béninois est désormais structuré autour de deux chambres. Dans cette configuration, le Sénat constitue la chambre haute, tandis que l’Assemblée nationale demeure la chambre basse.
Dans cette logique, explique-t-il, il est cohérent que le président du Sénat bénéficie de la préséance sur celui de l’Assemblée nationale lors des cérémonies officielles. Il souligne que cette pratique est courante dans plusieurs démocraties bicamérales à travers le monde et ne traduit aucune supériorité politique ou institutionnelle.
Au final, pour l’universitaire, ce décret constitue avant tout un ajustement technique destiné à harmoniser le protocole républicain avec les évolutions institutionnelles du pays. Il appelle ainsi à ne pas confondre ordre protocolaire et hiérarchie des pouvoirs.
