Au Bénin, Romuald Wadagni va prêter serment le 24 mai prochain au Palais des congrès de Cotonou, contrairement à ses prédécesseurs qui ont tous été investis à Porto-Novo. Une première depuis le retour à la démocratie en 1990 où les citoyens s’interrogent sur les fondements juridiques de cette décision. Ce changement est-il conforme à la constitution en vigueur ?
Bénin : la prestation de serment hors de Porto-Novo reste conforme à la Constitution
La prestation de serment du successeur de Patrice Talon au Bénin va se tenir à Cotonou. Romuald Wadagni ne sera pas investi président de la République du Bénin à Porto-Novo comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs. Le gouvernement a officialisé cette décision lors du Conseil des ministres du 13 mai 2026. Et dans le compte rendu relayé par Africaho, l’exécutif explique ce transfert par les travaux actuellement en cours au stade Charles de Gaulle de Porto-Novo, site qui avait accueilli les investitures de Boni Yayi en 2011 ainsi que celles de Patrice Talon en 2016 et 2021.
« Le Conseil des Ministres, en sa séance du 15 octobre 2025, a décidé d’engager les travaux de réhabilitation dudit stade. Depuis lors, les études y relatives ont duré plus que prévu, de sorte que les travaux de réfection n’ont démarré que tout récemment. De fait, il sera matériellement impossible d’y organiser ladite cérémonie », a notifié le gouvernement de Patrice Talon mercredi. Or, dans la conscience collective des Béninois, Porto-Novo s’est progressivement imposée comme le lieu habituel des prestations de serment présidentielles. Une pratique qui relève davantage de la tradition que d’une obligation constitutionnelle. Car, la Constitution béninoise ne précise nulle part le lieu exact où doit se dérouler l’investiture du chef de l’État.
Les clarifications du constitutionnaliste Gilles Badet
Face à la polémique, le constitutionnaliste Gilles Badet rappelle d’ailleurs que le texte fondamental se limite à préciser que le serment du président élu est reçu par le président de la Cour constitutionnelle devant plusieurs institutions de la République. Selon ses explications sur Bénin TV, rien n’interdit donc l’organisation de la cérémonie à Cotonou, d’autant plus que la Cour constitutionnelle y siège.
“Les dispositions constitutionnelles n’ont rien dit sur le lieu de prestation de serment. Il y a deux indicateurs qui peuvent nous aider : la capitale, ce qu’on a toujours fait. Mais s’il y a des raisons de force majeure, on peut ne pas le faire dans la capitale parce que le deuxième indicateur, c’est peut-être le lieu de celui qui reçoit. C’est le président de la Cour constitutionnelle qui reçoit le serment. Or la Cour est installée à Cotonou”, a-t-il précisé.
Pour l’universitaire, deux éléments ont historiquement favorisé le choix de Porto-Novo. Il s’agit notamment de son statut officiel de capitale et les usages installés depuis 1991 avec les cérémonies d’investiture auxquelles, les Béninois ont assisté. Il estime cependant que des contraintes exceptionnelles peuvent justifier un autre lieu. Le constitutionnaliste informe par ailleurs que certains pays organisent directement les cérémonies de prestation de serment au siège de leur Cour constitutionnelle.
5e président de l’ère démocratique du Bénin, Romuald Wadagni a été élu à 94,27% à l’issue de la présidentielle du 12 avril dernier. Précédemment ministre d’État, en charge de l’Économie et des finances sous l’administration Talon, il succède ainsi à ce dernier avec un projet de société qu’il a intitulé “Plus loin, ensemble”.
