Au Bénin, les six postes de délégués généraux des pôles de développement territorial font déjà des envieux autour du président Romuald Wadagni. Au sein de la majorité présidentielle par ailleurs composée des personnalités ayant géré le pouvoir avec l’ex président Patrice Talon, les réseaux s’activent et les prétendants se positionnent. Bruits de couloir…
Pôles de développement territorial : derrière les nominations attendues, une bataille de réseaux
Six postes seulement, mais des prétendants déjà nombreux pour être nommés délégués généraux de pôle territorial au Bénin. Du pôle Nord-Est au Grand-Nokoué, la bataille pour diriger semble avoir bien commencé avant même les nominations encore en discussions au sommet de l’Etat et dans les chapelles connexes.
Alors que l’exécutif Wadagni prépare l’installation qui a notamment conduit Janvier Yahouédéou, ministre de la décentralisation et de la gouvernance locale dans une tournée nationale, propositions et conciliabules s’enchainent désormais dans les formations politiques dirigées par Joseph Djogbénou et Abdoulaye Bio Tchané. Dans les rangs de l’UP le Renouveau, du Bloc républicain et parmi les autres soutiens de Romuald Wadagni, les ambitions grimpent. Un élan d’initiatives qui contraste étonnamment avec les assurances de l’exécutif sur le caractère essentiellement technique des nominations.
L’attente semble bien plus qu’administrative. Le 23 septembre dernier, le Chef de l’État a pourtant clairement exposé les enjeux de la réforme. Faire des territoires des moteurs de croissance, créer des emplois et réduite la pauvreté, etc. Selon Romuald Wadagni dans ses propos face à un parterre de personnalités, les futurs responsables auront notamment pour mission de coordonner les acteurs locaux, d’identifier les potentialités économiques et de faire émerger des projets communs entre plusieurs communes. Des responsabilités qui donnent ainsi à ces six postes une dimension stratégique.
Selon des sources proches des présidents de l’UP le Renouveau et le Bloc républicain, plusieurs personnalités seraient déjà en mouvement pour faire valoir leurs profils aux postes de délégués généraux. D’autres acteurs issus des réseaux politiques et associatifs ayant soutenu Patrice Talon ou accompagné la dynamique autour de Romuald Wadagni voudraient également prendre part à la course.
« Il y a beaucoup de personnes qui estiment avoir joué leur partition et qui attendent maintenant un retour. Chacun active ses relations pour défendre son candidat. Les discussions ne manquent pas », confie une source de la majorité présidentielle, sous couvert d’anonymat. « Ça chauffe. Certains avancent leur expérience, d’autres leur proximité soit avec Wadagni soit avec Talon. Il y a aussi ceux qui pensent que leur engagement politique doit compter dans les arbitrages. », martèle une autre source de l’UP le Renouveaux.
“Une erreur grave si les politiques manquent encore à l’appel”
D’un autre côté, c’est carrément l’expression voilée d’un mécontentement suite aux nominations prononcées jusque-là par Romuald Wadagni. Pour un acteur du Bloc Républicain, ayant été très actif dans la dynamique ayant conduit le pouvoir actuel à sa victoire, il faudra que le successeur de Patrice Talon fasse peser plus les nominations politiques vu que le poste n’exige pas des exigences techniques.
Ainsi donc, ces derniers qui tout comme les autres ont préféré rester dans l’anonymat espèrent mieux. “Ce serait encore une erreur grave si les politiques qui ont véritablement travaillé sur le terrain ne sont pas encore pris en compte cette fois-ci. Les détenteurs de diplômes de l’extérieur sont bons, mais c’est nous qui sommes proches des populations et qui subissons tous”, a par ailleurs martelé un membre du Bloc Républicain.
Les mises en garde de Wilfried Léandre Houngbédji contre une logique de récompense politique
Faut-il le rappeler, le ministre, porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, avait clairement évoqué le profil du délégué gé,éral au Bénin sans forcément spécifier des détails. En réponse aux nombreuses interrogations qui fusaient de toutes parts, le gouvernement Wadagni affirme plutôt vouloir miser sur les compétences, indépendamment de l’appartenance politique. Des centaines de candidatures auraient déjà été enregistrées, selon les déclarations du porte-parole.
Il relève particulièrement que le rôle du délégué général tient en trois verbes qui sont notamment impulser, coordonner et suivre. « Ce ne serait pas le moment de caser des acteurs politiques de premier plan », avait-il déclaré. Il avait également assuré que les préfets et les maires conserveraient leurs prérogatives. Le délégué veille à la mise en œuvre des projets de son territoire, réunit autour de la table ceux qui doivent y contribuer. Ainsi donc, administrations, communes, opérateurs privés, partenaires s’assurent que les interventions ne se contredisent pas. Il est aussi chargé de valoriser les atouts du pôle.
Ce qu’il ne fait pas est tout aussi précisément défini. Le texte pose un principe d’absence de pouvoir hiérarchique. Le préfet demeure l’autorité de tutelle des communes. Le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale demeure celle des préfets. Les préfectures conservent leurs attributions de représentation de l’État et participent au suivi. Les communes, elles, gardent la main sur la mise en valeur de leurs atouts à travers les projets territoriaux. Autrement dit, le délégué n’ajoute pas un étage à l’édifice administratif. Il occupe une place restée vacante, celle du chef d’orchestre.
D’ailleurs, la tournée nationale effectuée du 13 au 24 octobre par le ministre de la décentralisation, dans plusieurs cités administratives départementales, montre que les préparatifs matériels avancent. Le gouvernement a notamment évalué les locaux et les moyens nécessaires à l’installation des futurs délégués.
La première phase de la réforme, prévue entre octobre et décembre 2026, comprend précisément la mise en place du Comité national de pilotage et la nomination des six responsables. Le calendrier est donc engagé. Reste à savoir si le choix final résistera aux pressions des réseaux et aux attentes des différentes composantes de la majorité.
