Ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin, ancien président de la Commission électorale nationale autonome, Pascal Todjinou n’est plus à présenter pour son engagement pour la société civile au Bénin. Rare depuis un certain temps sur les questions politiques, il livre ce mercredi 5 août à Africaho, son opinion sur le Sénat, la présidence de l’institution et la gouvernance de Romuald Wadagni. Entretien exclusif…
Sénat du Bénin : Pascal Todjinou en entretien exclusif avec Africaho
Africaho : Bonjour Pascal Todjinou. La Cour constitutionnelle a validé lundi, le règlement intérieur du Sénat et l’institution s’apprête à tenir jeudi 6 août, sa première séance plénière. Quel regard portez-vous sur la chambre haute du parlement et intègre désormais l’architecture institutionnelle de notre pays?
Pascal Todjinou : Moi, je ne suis pas un homme politique, je suis un observateur social attentif. Dès lors que la constitution de notre pays prévoit un tel instrument pour gérer la vie de notre pays, je ne peux que me réjouir de ce que cette décision soit installée, et que son règlement intérieur soit validé par la Cour constitutionnelle. Donc, c’est un événement assez intéressant.
Le Sénat est présenté, on va dire, comme une institution de réflexion et de stabilisation de la vie institutionnelle. Ceux qui siègent d’ailleurs sont des visages que vous connaissez très bien pour avoir côtoyé la plupart. Selon vous, quelles devraient être les priorités de l’institution et quelles sont particulièrement les vôtres pour que cette nouvelle institution puisse convaincre les Béninois de son utilité?
Oui, ça c’est vrai. Pour que le Sénat puisse convaincre l’opinion publique béninoise et même internationale de son utilité, j’estime pour ma part qu’il doit réguler effectivement la vie politique. Mais pas régenter la vie politique. Je précise bien, réguler la vie politique, mais pas régenter la vie politique, pas régenter le gouvernement. Par contre, moi j’attends de cette institution que par elle, la vie politique soit, peut même être connue. Que la paix du monde dans le pays soit instituée, que le vivre-ensemble soit le mieux à partir de ce Sénat.
Et voir un peu la question des lois prises au gérer, essayer de voir comment alléger la tâche aux citoyens béninois. Voilà, bien sûr, je qui ai précisé qu’il n’est pas question de régenter la vie politique, et de régenter le gouvernement. Mais lorsque on s’entend, c’est l’essentiel. Pour moi, ceux qui composent cette institution-là sont, il y en a beaucoup qui sont d’une très grande qualité, qui ont dirigé notre pays pendant 10 ans, 10 ans. Et j’estime pour ma part qu’ils connaissent le pays, ils savent ce qu’ils vont faire pour le pays. Et je ne peux que souhaiter sincèrement une bonne chance, une bonne réussite à cette nouvelle institution qui vient d’être élue.
Le président Patrice Talon est à même de diriger, le président Soglo est à même de diriger, le président Yayi est à même de diriger.
Pascal Tdjinou
Le Sénat tient sa première plénière demain, et certainement à l’ordre du jour, l’installation du bureau, et par ricochet, l’élection de son président. Et depuis que cette institution a été créée, plusieurs observateurs évoquent avec insistance le nom de l’ancien président Patrice Talon pour prendre la tête de l’institution. Êtes-vous de ceux-là ?
Moi je ne peux pas désigner le président de cette institution. Le président Patrice Talon est à même de diriger, le président Soglo est à même de diriger, le président Yayi est à même de diriger. Voilà les trois présidents que je connais actuellement. Donc, ce sont des gens qui ont déjà dirigé ce pays et connaissent bien ce qu’il faut pour le pays et ce qu’il ne faut pas pour le pays. Donc, j’estime que ceux qui spéculent sur le nom de Talon, ils ont leurs raisons.
Mais moi, je ne peux pas dire directement, telle personne peut être président. Non. Ils sont tous. Même au-delà de ces trois que j’ai cités, d’autres peuvent également dirigés. L’essentiel est que ce président ne soit pas là pour régenter l’institution. C’est ça. Moi, je crois. Que ce soit le président Talon ou le président Yayi, je n’ai pas du tout de problème pour qui dirige le Sénat.
Pour avoir été le mentor de l’actuel président, Romuald Wadagni, est-ce que Patrice Talon à la tête du Sénat, cela ne renvoie pas à ce qu’il tente de régenter, pour utiliser vos mots, régenter le président de la République dans ses prérogatives ou l’orienter sur les décisions? Patrice Talon à la tête du Sénat, est-ce que rassure sur les questions de liberté de décision du président de la République?
Moi, j’ai utilisé le mot régenter sous toutes ses formes. J’ai utilisé. Vous pensez que même si le président Talon n’était pas président du Sénat, il ne pouvait pas régenter? J’estime pour ma part qu’on a déjà élu le président de la République. Il a toute la responsabilité de diriger. Il n’a pas besoin d’être régenté par quelqu’un ou par quelqu’une. Et c’est pour cela que le Sénat ne peut pas, ne doit pas régenter le président de la République. Non, non. Si on fait comme ça, le conflit d’attribution risque de s’installer.
Et le prochain président, s’il n’obéit pas bien à ce Sénat, risque d’amener la situation d’un pays que vous connaissez déjà. J’estime pour ma part que ce n’est pas parce qu’il a été mentor du président Wadagni, que les décisions que le Sénat va prendre vont contrarier les décisions du président de la République. Mais vous oubliez qu’ils sont au nombre de 25. S’ils sont au nombre de 25, alors le président du Sénat seul va prendre la décision de faire quelque chose contre le président de la République? Moi, je ne crois pas.
Qu’il ait été le mentor du président actuel ou pas, j’estime que c’est une institution à part entière, et nous devons faire confiance à cette institution-là, du point de vue de son rôle de régulateur, c’est ça.
Pascal Todjinou, on ne vous a pas entendu dernièrement sur la qualité de la gouvernance que Romuald Wadagni déploie à la tête du Bénin depuis le dimanche 24 mai dernier. Si il vous était demandé d’opiner sur ce que vous observez depuis sa prise de fonction à la tête du Bénin, que diriez-vous?
Je commence par croire aux promesses électorales à partir de Romuald Wadagni.
Pascal Todjinou
Parfait. C’est très bien, parfait. Je dirais même jusque-là, c’est parfait, pour la simple raison qu’il a promis des choses qu’il est en train de réaliser. Vous savez, monsieur le journaliste, les hommes politiques de chez moi ont toujours l’habitude de dire, ben, écoutez, tant pis pour ceux qui croient à la promesse électorale. Moi, je commence par croire aux promesses électorales à partir de Romuald Wadagni. Tel que ce qu’il a promis, il est en train de le réaliser méthodiquement. Jusque-là, je ne peux que croire ça. C’est pourquoi j’ai dit parfait. Voilà ce que je peux dire.
Merci, Pascal Todjinou.
C’est moi !
