Tentative de putsch au Niger : le capitaine Roger Gabriel met en cause plusieurs pays

Mohamed Fousso
8 min
Capitaine Roger Gabriel

Après la tentative de renversement du régime du général Abdourahamane Tiani, le capitaine Roger Gabriel livre sa version des événements. L’officier affirme avoir reçu plusieurs appels faisant état d’un projet d’intervention extérieure en soutien aux militaires mutinés. Dans son récit, il cite notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Tchad et la France, sans toutefois apporter publiquement d’éléments permettant d’étayer ces accusations.

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Niger : l’officier Roger Gabriel fait des révélations après la tentative de putsch

La tentative de putsch qui a secoué Niamey dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août continue de susciter des réactions au Niger. Alors que les autorités militaires ont repris le contrôle de la situation et procédé à plusieurs arrestations, de nouveaux témoignages viennent alimenter les interrogations sur les circonstances de cette mutinerie.

Le capitaine Roger Gabriel, qui affirme ne pas avoir participé au mouvement, est l’un des premiers officiers à livrer publiquement sa version des faits. Dans son récit, il évoque plusieurs communications reçues pendant les événements et rapporte des informations faisant état d’un possible soutien extérieur aux soldats qui tentaient de s’emparer de la base 101 de l’aéroport de Niamey.

Ces accusations visent notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire, la France et, pour la première fois dans ce dossier, le Tchad.

Des appels qui alimentent les accusations contre des pays voisins

Selon Roger Gabriel, plusieurs membres de la famille de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum l’auraient contacté pendant les affrontements. Ils lui auraient indiqué que certains partenaires étrangers étaient disposés à intervenir en faveur des militaires engagés dans la tentative de prise de pouvoir.

L’officier affirme que le président béninois aurait alors été en déplacement vers la Côte d’Ivoire avant de regagner le Bénin, où une cellule de crise aurait été mise en place. Selon le récit rapporté par Roger Gabriel, une éventuelle intervention aurait pu bénéficier du soutien de la Côte d’Ivoire et de forces spéciales françaises présentes dans le pays.

Il affirme également que ses interlocuteurs lui auraient parlé d’un feu vert de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour une intervention.

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Ces éléments restent, à ce stade, des déclarations attribuées à l’officier. Aucun élément indépendant présenté publiquement ne permet d’établir la réalité d’un tel projet d’intervention.

Le capitaine évoque ensuite des contacts en provenance du Tchad. Il affirme avoir reçu l’appel d’un militaire tchadien qui lui aurait indiqué que l’opération de soutien aux mutins serait pilotée depuis le Tchad, avec la participation présumée de forces spéciales françaises.

« En début de matinée, j’ai reçu un appel d’un camarade militaire tchadien. Il m’a rappelé pour m’informer que l’opération serait pilotée depuis son pays par leurs autorités et des forces spéciales françaises pour venir en soutien à ceux qui ont pris la base 101 », rapporte-t-il.

Roger Gabriel affirme également que le chef d’état-major de l’armée de l’air tchadienne l’aurait contacté pour lui assurer qu’une intervention était envisagée.

Il dit enfin avoir reçu d’autres appels et messages provenant notamment de France, de Dubaï et de Belgique, auxquels il affirme ne pas avoir répondu.

Un récit qui s’inscrit dans un climat de fortes tensions régionales

Les accusations formulées par le capitaine Roger Gabriel interviennent dans un contexte régional particulièrement tendu. Depuis le coup d’État de juillet 2023, les relations entre le Niger et plusieurs pays de la région se sont profondément dégradées.

Le Bénin et la Côte d’Ivoire figurent régulièrement parmi les pays accusés par les autorités nigériennes de soutenir des initiatives visant à déstabiliser le régime de Niamey. La France est également régulièrement mise en cause par les autorités militaires nigériennes.

Ces accusations ont notamment resurgi après les attaques contre la base 101 de l’aéroport de Niamey, en janvier puis en juin 2026. Dans ces deux affaires, les autorités nigériennes avaient déjà évoqué l’implication de puissances étrangères et de pays voisins.

La mise en cause du Tchad constitue en revanche un élément nouveau dans le récit autour de la tentative de putsch d’août 2026.

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno n’a pas directement répondu aux accusations du capitaine Roger Gabriel. Après leur diffusion, il a toutefois publié sur sa page Facebook un verset de la sourate Al-Baqara : « Et ne mêlez pas le faux à la vérité. Ne cachez pas sciemment la vérité. » Il a ajouté : « Allah le Majestueux a dit la vérité. »

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Une publication interprétée par plusieurs observateurs comme une réponse indirecte aux accusations, sans que le président tchadien ne cite explicitement le Niger ou Roger Gabriel.

Roger Gabriel affirme avoir refusé de rejoindre les mutins

Dans son témoignage, le capitaine cherche également à clarifier sa propre position lors des événements. Il assure ne pas avoir participé à la tentative de renversement du pouvoir.

Selon lui, il se trouvait à son domicile lorsqu’il a été réveillé par les tirs provenant de la base 101. Il affirme avoir ensuite reçu des appels de plusieurs officiers du Bataillon de sécurité et de renseignement du Commandement des opérations spéciales (BSR COS), qui sollicitaient des renforts alors qu’ils tentaient de prendre le contrôle de la base.

Pensant dans un premier temps à une attaque terroriste, Roger Gabriel affirme avoir alerté sa hiérarchie afin de connaître la conduite à tenir. C’est à ce moment, selon son récit, qu’il aurait compris qu’il s’agissait d’une mutinerie dirigée contre le régime du général Tiani.

« À partir de ce moment, nous avons rejeté intelligemment toutes les demandes du BSR », affirme-t-il.

Le témoignage de l’officier intervient alors que les autorités nigériennes n’ont toujours pas rendu public un bilan détaillé de la tentative de putsch. Plusieurs militaires ont été arrêtés et les principaux sites stratégiques de Niamey restent placés sous haute surveillance.

Au-delà de la question des responsabilités internes, les déclarations de Roger Gabriel pourraient donc raviver les tensions diplomatiques entre Niamey et plusieurs capitales de la région. Mais tant que des preuves indépendantes ne viennent pas confirmer les accusations formulées, celles-ci doivent être considérées comme faisant partie du récit de l’officier sur les événements.

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