À Lomé au Togo, la Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA) a bouclé ses travaux vendredi 3 juillet 2026 par l’adoption d’une déclaration finale de 29 résolutions. C’est un texte ambitieux, construit autour des conséquences de la crise au Moyen-Orient sur les pays d’Afrique.
APA : l’Afrique trace sa feuille de route face à la crise au Moyen-Orient
Les rideaux sont tombés sur la session extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine à Lomé. Le vendredi 3 juillet 2026, la Conférence ministérielle extraordinaire de l’APA, s’est réunie autour du thème « L’Afrique face à la crise au Moyen-Orient : impacts, défis et réponses stratégiques ». Présidée par le chef de l’État togolais Faure Gnassingbé, la rencontre a réuni les ministres des Affaires étrangères et représentants de plus d’une vingtaine de pays africains et du Moyen-Orient, en présence notamment du président de la Sierra Leone Julius Maada Bio, président en exercice de la CEDEAO.
Lors des travaux, les membres de l’alliance ont soutenu à l’unanimité que la crise au Moyen-Orient n’est pas une affaire étrangère à l’Afrique, mais qu’elle la frappe directement. Par conséquent, un diagnostic lucide sur les vulnérabilités africaines a été posé. Avant de décider, la conférence a voulu nommer les maux pour ensuite conclure sur 29 résolutions. Ces 29 résolutions s’ouvrent sur un état des lieux sans complaisance. La crise au Moyen-Orient perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales, alimente la volatilité des marchés énergétiques, génère des pressions inflationnistes et compromet la sécurité alimentaire de plusieurs États africains.
Elle fragilise l’accès du continent aux intrants agricoles en provenance du Golfe et aggrave les risques de tensions socioéconomiques. Sur le plan sécuritaire, elle accroît les menaces transnationales et nourrit une compétition stratégique entre puissances extérieures qui déstabilise davantage un continent déjà sous pression. Ce constat posé, les ministres ont décliné leurs réponses en quatre axes.
Les 4 grands axes tirés des 29 résolutions de la déclaration finale de l’APA
Les résolutions de l’APA consultées par Africaho s’articulent autour de quatre grands axes. La conférence a rappelé les États africains à tirer les leçons de cette crise pour corriger leurs fragilités structurelles. Diversification économique, industrialisation, développement du commerce intra-africain et accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine constituent les principaux leviers identifiés. La souveraineté énergétique est érigée en priorité absolue, avec un appel au développement des infrastructures de raffinage, des énergies renouvelables et des interconnexions régionales. La sécurité alimentaire, la transformation agroalimentaire et la constitution de réserves stratégiques régionales complètent ce volet économique. La conférence recommande également le renforcement des mécanismes africains de coopération économique, financière et monétaire pour mieux absorber les chocs extérieurs.
Sur le plan sécuritaire, la déclaration souligne la nécessité d’adapter les dispositifs africains aux menaces hybrides — terrorisme, cybersécurité, désinformation, protection des infrastructures critiques. La proximité géographique entre l’Afrique et le Moyen-Orient est présentée comme une réalité stratégique qui impose une vigilance accrue, des mécanismes d’alerte précoce renforcés dans les régions frontalières et une capacité d’anticipation améliorée. Les participants invitent par ailleurs les États africains à s’engager résolument dans la construction d’une autonomie stratégique en matière de défense et de sécurité.
La conférence ne s’est pas contentée de regarder vers l’intérieur. Elle a adopté une position diplomatique claire. Les violences contre les populations civiles sont condamnées. Le recours exclusif à la force militaire est rejeté comme voie vers une paix durable. Le dialogue et la diplomatie sont réaffirmés comme les seules voies crédibles de règlement des différends. La déclaration salue les engagements des États-Unis et de l’Iran en faveur de solutions pacifiques, et exprime sa reconnaissance au Pakistan, au Qatar et au sultanat d’Oman pour leur contribution à la conclusion du Mémorandum d’accord entre Washington et Téhéran du 17 juin 2026. Elle appelle également à la préservation de la sécurité des voies maritimes stratégiques — détroit d’Ormuz, détroit de Bab el-Mandeb, mer Rouge et canal de Suez — qualifiées de biens communs de l’humanité dont la protection conditionne la stabilité économique mondiale.
L’institutionnalisation du dialogue Afrique-Moyen-Orient, l’autre grande résolution de l’APA
C’est sans doute la résolution la plus structurante à long terme. Les participants conviennent de travailler à la création d’un Cadre de dialogue stratégique permanent entre l’Afrique et le Moyen-Orient, destiné à institutionnaliser les échanges sur les questions de paix, de sécurité, de développement économique et de stabilité régionale. La conférence décide de rester saisie de l’évolution de la crise et de ses implications pour le continent. Elle salue enfin le leadership du Togo dans l’organisation de cette rencontre et réaffirme sa volonté commune de promouvoir un ordre international fondé sur le dialogue, le respect mutuel et la souveraineté des États.
