Au Sénégal, trois chroniqueurs du Pastef sont poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs. Au cœur de l’affaire, une vidéo diffusée sur TikTok dans laquelle les intéressés appellent le malheur sur « celui qui a trahi le projet de Pastef », une formule largement interprétée comme visant le président Bassirou Diomaye Faye.
Sénégal : une vidéo TikTok conduit trois chroniqueurs du Pastef en prison
Trois soutiens du Pastef poursuivis après une vidéo polémique. Les mis en cause, Lamignou Darou, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba, interviennent sur la plateforme Feeñal Digital, un média présenté comme proche du Pastef. Dans la séquence à l’origine des poursuites, ils prononcent des prières évoquant notamment la mort, la paralysie ou un accident vasculaire cérébral contre « celui qui a trahi le projet de Pastef », sans toutefois citer explicitement le nom du chef de l’État.
Face à la polémique, le procureur de la République s’est autosaisi du dossier et a ordonné leur interpellation par la Division spéciale de cybersécurité. Les trois chroniqueurs ont été arrêtés lundi dans les locaux de leur média, une méthode d’intervention dénoncée par le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics).
Une affaire qui ravive les tensions politiques entre Pastef et Kiiraay
Déférés devant le parquet jeudi 30 juillet, les trois hommes ont été placés sous mandat de dépôt en attendant leur procès, prévu lundi. Ils répondent des chefs d’offense au chef de l’État et de discours contraire aux bonnes mœurs.
Leur avocat, Me Aby Nar Ndiaye, conteste les poursuites engagées. Selon lui, la vidéo ne fait jamais référence au président Bassirou Diomaye Faye et ne saurait, en conséquence, constituer une offense à son encontre. La défense estime que cette procédure vise davantage à intimider une partie de la jeunesse perçue comme proche d’Ousmane Sonko.
L’affaire suscite déjà de nombreuses réactions dans la classe politique et la société civile. Le maire de Dakar, Abass Fall, membre du Pastef, a publiquement dénoncé l’arrestation des chroniqueurs et interpellé le président de la République ainsi que les ministres de la Justice et de l’Intérieur. De son côté, l’organisation de défense de la liberté d’expression Article 19 appelle à l’abrogation des dispositions du Code pénal réprimant l’offense au chef de l’État, estimant qu’elles portent atteinte à la liberté d’expression.
Le procès des trois chroniqueurs est attendu avec attention dans un contexte de fortes tensions politiques entre les partisans du président Bassirou Diomaye Faye et ceux de son ancien mentor, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale.
