Au Bénin, Aurélie Adam Soulé tient depuis dimanche 24 mai dernier, le portefeuille de la communication et des médias dans le gouvernement de Romuald Wadagni. Ce ministère supprimé en mai 2021 par l’ancien président Patrice Talon fait réagir plusieurs journalistes béninois et de la sous-région qui expriment à Africaho, leurs attentes à vis-à-vis du nouveau pouvoir.
Journalisme au Bénin : la presse nationale et régionale s’adresse saisie la ministre de la communication et des médias
•Prudent Nassehou, Journaliste, Directeur de la radio Campanil cité/Abomey-Calavi, Bénin
La presse et ses acteurs ont été tributaires, durant les dix dernières années, des choix de gouvernance dans le secteur des médias. L’assiette publicitaire et économique est devenue trop insignifiante face à la floraison d’organes de presse conventionnels et digitaux autorisés par les deux dernières mandatures de la HAAC. Les médias classiques et numériques se partagent le même marché pour des résultats mitigés. De plus, la concurrence déloyale des organes illégaux constitue une entrave au rayonnement des structures légales. Sans obligation fiscale ni redevance à payer dans les caisses de l’État, ces acteurs clandestins infestent le marché et captent, à travers des tarifs dérisoires, une bonne partie des commandes disponibles.
Face à l’amenuisement du marché publicitaire, certains organes n’arrivent plus à faire face à leurs charges de fonctionnement. Il devient alors indispensable d’opter pour des regroupements en créant de grands groupes de presse, permettant une mutualisation des moyens humains et matériels pour aller à la conquête d’une couverture nationale ou sous-régionale.
Dans ce contexte, la renaissance d’un ministère de la Communication doté d’un volet « Médias » ne saurait être perçue comme la panacée. Certes, elle vient corriger une mort programmée des entreprises de presse et freiner la clochardisation de ses acteurs face à la montée en puissance des web-activistes ou influenceurs, de vrais laudateurs et défenseurs des politiques et marques aux prix de fausses informations ou publicités . Cependant, dans ce climat perfide et délétère, les entreprises de presse véritables remparts de la démocratie , doivent leur salut à des choix radicaux et à une véritable résurrection politique.
Le politique peut, en effet, actionner les leviers d’un assainissement économique. Il est temps pour l’État de voler au secours des médias, notamment en aidant à la mise en place une régie publicitaire pour les médias privés , en revalorisant les contrats gouvernementaux et en pensant une fiscalité spéciale pour le secteur. Ces chantiers peuvent être portés par les associations faîtières de la presse, à condition que ces dernières soient dépouillées des guerres de clans et réellement représentatives de l’ensemble des acteurs.
Enfin, la tutelle ministérielle doit se positionner comme un espace de facilitation et d’accompagnement technique, notamment face aux défis du numérique et de la TNT. Nous sommes largement en retard en ce qui concerne, par exemple, la migration des radios vers le numérique, une transition qui offrirait une couverture nationale à toutes les stations existantes et tournerait définitivement la page des émetteurs analogiques, budgétivores en énergie et difficiles à réparer en raison de la rareté des pièces de rechange. Au sein même des rédactions, il faudra insuffler plus de professionnalisme afin de mettre fin à l’amateurisme. Pour y parvenir, il est capital de travailler à assurer aux entreprises de presse une réelle autonomie financière.
• Tanguy Agoï, Journaliste à Canal 3 Bénin/Cotonou, Bénin

D’ailleurs, cela s’explique par le fait que son retour soit, je dois dire, objet de manifestations de joie et d’intérêt avec beaucoup d’attention, comme vous le savez. Donc, c’est pour vous dire combien cela avait été un élément très manquant, je dois dire, dans la scène nationale, mettons institutionnelle, du Bénin. Ça, c’est ma première réaction. La deuxième réaction, c’est que l’absence du ministère de la Communication a quand même créé un grand vide. Même si, pour se justifier alors — je crois qu’on était en 2021 — Patrice Talon avait estimé que la HAAC pouvait remplir convenablement, je dois dire, ce qu’il convenait d’affecter justement au ministère de la Communication.
Sauf que, dans la pratique, cela s’est montré un peu compliqué. Parce que d’un côté, on avait une communication étatique et gouvernementale fortement centralisée, qui partait depuis la Présidence sans aucun arrêt et qui atterrissait directement, je dois dire, sur la table des rédactions des quotidiens et des organes de presse de façon générale. Or, il fallait aussi, je dois dire, un détour notamment au niveau du ministère afin qu’il y ait une sorte d’évaluation, je dois dire, de la correspondance entre ce qui se passe à la Présidence et les désirs des acteurs, des professionnels des médias dans les organes de presse. Ce qui ne se faisait pas, étant donné que le ministère était absent.
Et donc, on a eu droit à plus de communication plutôt qu’à une politique bien élaborée qui travaille maintenant à la vie et à la survie des médias. On n’a pas eu droit à une politique d’organisation, d’orientation, de projection, qui permette d’installer un environnement viable pour les entreprises de presse. Ce qui ne pouvait pas faire, je dois dire, être objet d’action de la part de la HAAC.
La HAAC, dont la mission est quand même assez clairement déterminée, non seulement par la Constitution, mais aussi et surtout par la loi organique qui justement détermine son existence. La HAAC existe pour la régulation des médias. Ce qui veut dire quoi ? Que la HAAC donne les fréquences, attribue, je dois dire, les certificats ou les autorisations légales d’existence, puis veille à ce que le travail que produisent les professionnels des médias puisse correspondre convenablement aux textes d’abord de la profession et ensuite aux textes de la République pour, je dois dire, la paix sociale, la tranquillité politique et tout ce qui va avec.
Dans cette droite ligne-là, on a une mission assez clairement déterminée et qui ne prend pas en compte, je dois dire, les missions premières du ministère de la Communication. Et on peut se demander alors : quelle est la mission du ministère de la Communication dans un pays, dans une République comme le Bénin ?
D’abord, le ministère de la Communication existe pour décliner auprès des acteurs et des professionnels du monde des médias la vision, je dois dire, les politiques publiques pensées notamment par le président de la République et l’exécutif. Donc, c’est comme un intermédiaire entre les professionnels des médias et la Présidence. D’ailleurs, vous avez remarqué que comme il n’y avait pas cet intermédiaire-là — j’avais souligné tout à l’heure qu’il y a eu une absence d’intérêt total sur ce que devenaient les médias — on a eu aussi, pendant ces cinq dernières années, une grosse rupture sur deux points.
La politique, par exemple, d’extension de la TNT : vous avez vu comment cela a ralenti, simplement parce que le ministère de la Communication n’existait pas pour continuer à appliquer et à veiller à l’application de cette politique qui était mise en œuvre.
Ça, c’est un premier élément qui montre, je dois dire, la difficulté qu’impose l’inexistence du ministère. ». L’autre des dilemmes, c’est quand même que pendant ces dix dernières années, malgré la bonne volonté du chef de l’État et surtout sa détermination à opérer des réformes partout, seul pratiquement le secteur des médias n’a pas été touché. C’est vraiment parce que justement, il n’y a pas un intermédiaire direct avec les acteurs. S’il faut aller parler au président de la République, il faut d’abord négocier avec son agenda.
C’est d’ailleurs la difficulté que la commission a eue, la commission à laquelle on a confié le travail et qui a travaillé au nom de la HAQ, par exemple, pour réfléchir à des réformes dans le secteur. La commission était en difficulté à être en contact permanent avec le chef de l’État, ce qui aurait pu l’être avec le ministère de la communication et un ministre qui soit dynamique, etc. Donc l’absence d’un ministère de la communication crée un grand vide et tout de suite, on n’a plus de politique dédiée justement au développement des médias. Et du coup, la présidence se contente juste de faire sa communication à elle et de ne plus du tout penser, notamment à ce que les médias doivent devenir, à ce que les médias font poursuivre, etc. Et Dieu seul sait combien les médias ont eu du mal à suivre, notamment ces dix dernières années au Bénin.
• Barnabas Orou Kouman, Journaliste, Promoteur de Daabaaru, Président de l’UNaMEL-Bénin/Parakou, Bénin

La HAAC joue pleinement son rôle de régulation, conformément aux textes. Mais il faut reconnaître qu’un ministère de la Communication a aussi pour mission d’impulser une véritable politique publique des médias, d’accompagner la modernisation du secteur et de créer les conditions d’un environnement économique viable pour les organes de presse.
Avec l’évolution rapide du numérique, les défis sont nombreux : professionnalisation des acteurs, accès à la formation, modèle économique des médias en ligne, lutte contre la désinformation, accompagnement à la transition digitale, sans oublier les questions liées à la fiscalité et à la protection des contenus.
Nous pensons donc que le retour de ce ministère peut permettre de rétablir un cadre de dialogue plus structuré entre l’État et les professionnels des médias. Il est important aujourd’hui que les médias soient considérés non seulement comme des outils d’information, mais aussi comme des acteurs du développement et de la consolidation démocratique.
Nous espérons surtout que cette nouvelle dynamique permettra d’accélérer certains chantiers importants pour le secteur, notamment la modernisation de l’environnement médiatique, l’appui aux entreprises de presse et la mise en place de mécanismes adaptés aux réalités du numérique.
L’Union Nationale des Médias en Ligne du Bénin reste disponible pour accompagner toutes les initiatives qui iront dans le sens du renforcement de la liberté de la presse, de la professionnalisation des acteurs et de la promotion d’un journalisme responsable et crédible au Bénin. »
• Brunelle Tchobo, Journaliste à la Nouvelle Tribune/Cotonou, Bénin

Du côté des organes de presse, j’espère davantage de professionnalisme, de rigueur dans le traitement de l’information et un engagement plus fort contre la désinformation.
• Gabin Goubiyi, Journaliste, Directeur de Publication du quotidien Le Matinal/Cotonou, Bénin

Cette réhabilitation institutionnelle suscite de réels espoirs au sein de la corporation. Elle devra surtout se traduire par des actions concrètes, notamment à travers la mise en œuvre effective des recommandations contenues dans le document issu des réformes du secteur des médias. Ces orientations, longtemps attendues, constituent une base essentielle pour moderniser l’environnement médiatique national et renforcer sa crédibilité.
Il est également souhaitable que le nouveau ministère engage avec détermination le vaste chantier de la professionnalisation de la presse, en accordant une place prioritaire à la formation continue des journalistes et des professionnels des médias. Dans un contexte marqué par les mutations du numérique et les exigences accrues en matière d’éthique et de qualité de l’information, le renforcement des capacités apparaît comme une nécessité incontournable.
Enfin, de nombreux acteurs nourrissent l’espoir de voir ce ministère œuvrer au retour de l’aide de l’État à la presse, tout en travaillant à la viabilité économique des entreprises de médias. Le soutien à un écosystème médiatique solide, indépendant et durable demeure un enjeu majeur pour garantir un pluralisme effectif de l’information et préserver la vitalité du débat public.
• Paul Arnaud Deguenon, Journaliste, Promoteur de Bénin Web Tv/Cotonou, Bénin
C’est un signal politique que nous accueillons avec intérêt. Il traduit une reconnaissance de la place stratégique de l’information dans la gouvernance, et c’est tant mieux.
Mais la structure ne vaut que par les actes. Ce que la presse béninoise attend, c’est moins une tutelle qu’un partenariat : accès facilité à l’information officielle, protection juridique des journalistes, politique de financement transparent des médias à travers les régies publicitaires, et surtout le strict respect de l’indépendance éditoriale.
À cela s’ajoute une question que les rédactions ne peuvent plus taire : la fiscalité. Le régime fiscal appliqué aux organes de presse au Bénin reste inadapté à la réalité économique du secteur. Des entreprises de presse fragilisées financièrement ne peuvent produire une information de qualité. Nous attendons de ce ministère qu’il porte ce chantier avec le sérieux qu’il mérite, en dialogue avec les professionnels concernés.
Un tel ministère peut être un levier réel pour le développement des médias, comme il peut devenir un instrument de pression sur eux. Tout dépendra de la doctrine qui animera ce portefeuille.
• Henri Sovi Gnambode, Journaliste, Rédacteur en Chef à Tado FM I/Abomey-Calavi, Bénin

Les médias ont levé donc leur niveau également dans le professionnalisme. Et puis en faisant face, bien sûr, à un seul interlocuteur qui est bien sûr l’ARAC. Aujourd’hui, l’ARAC reste cette fêtière que travaille, donc cette structure qui travaille pour l’émergence, bien évidemment, avec Édouard Loco, qui travaille pour l’émergence des médias. Maintenant, le retour du ministre de la communication, moi, je reste comme ça, je me dis qu’est-ce que ça va apporter ? Donc j’attends encore quelques jours, quelques mois, quelques années pour savoir réellement ce que ce ministère va apporter. Je ne suis pas le seul à qui applaudisse des mains et des pieds le retour du ministère.
Oui, l’absence de ce ministère, les médias ont existé. Ce n’est pas qu’on a supprimé les médias. Ce n’est pas que les médias n’ont pas respecté l’éthique et la déontologie. Ce n’est pas que les faitières qui évidemment, on travaillait pour les maisons de médias, donc pas travaillé. Et donc le retour de ce ministère, de ce ministère-là, pour moi, je dis, ça, ça a… Il faut donc faire beaucoup de choses. C’est vrai que oui, on peut, on peut dire qu’il y a une réorientation stratégique et politique de ce ministère-là, parce que quand vous voyez un peu le statut donc du gouvernement, vous verrez bien un ministère qui est consacré bien évidemment à l’intelligence artificielle.
On attend un peu de voir ce qui va se passer, parce que là, si on se met à applaudir des mains, des pieds, peut-être demain, on va commencer par à taper la tête. Quand vous consultez un peu le programme, le projet du président, vous verrez que les médias n’ont pas eu une part belle dans dans dans ce projet de société. Peut-être que oui, dans le programme national du gouvernement, peut-être qu’on a changé les choses.
• Marturin Atcha, Journaliste, Rédacteur en Chef à Africaho/Cotonou,Bénin

Vu de l’intérieur, ce n’est pas la simple création d’un portefeuille ministériel qui suffira à régler ces difficultés. Le Bénin dispose déjà de la HAAC, une institution constitutionnelle dont la mission est clairement définie : assurer la régulation des médias. Dès lors, beaucoup s’interrogent sur la place réelle que viendra occuper ce nouveau ministère sans empiéter sur les prérogatives de l’organe de régulation.
Au lieu de s’emballer, les professionnels des médias gagneraient peut-être à observer d’abord les actions concrètes qui seront posées avant d’apprécier le bien-fondé de ce retour. La vraie question est ailleurs : est-ce que ce ministère permettra de repenser l’aide de l’État à la presse afin qu’elle profite réellement aux médias reconnus par la HAAC ? Est-ce qu’il contribuera à améliorer les conditions de travail des entreprises de presse et à soutenir leur viabilité économique ? Ce sont là les préoccupations essentielles du secteur.
Au fond, le salut de la presse béninoise ne viendra pas uniquement d’un ministère. Il dépendra aussi de la capacité des professionnels eux-mêmes à se réinventer, à s’adapter aux mutations du numérique et à défendre les exigences de qualité et de crédibilité dans un paysage médiatique de plus en plus ouvert à des profils diversifiés.
• Pesce Hounyo, Journaliste/Cotonou, Bénin

Puisque c’est l’ancienne Ministre du numérique qui en prend les rênes je fais le vœu d’un sérieux accompagnement et un soutien non sélectif pour faire face aux mutations numériques inhérentes à l’ère que nous vivons.
Je fais respectueusement le vœu que le cœur de mère de Madame Aurélie s’active profondément et que loin des tendances à vouloir transformer le journalisme en communication que la tutelle soit stratégique et non restrictive. J’attends plus de formations accessibles aux professionnels, les outillent pour du narratif positif et qui produisent des journalistes efficaces qui travaillent pour le progrès du pays et qui sont des sentinelles d’un environnement démocratique sain…
S’il existe des possibilités, que le ministère œuvre à favoriser par des avantages fiscaux, et de faciliter les accès au marché publicitaire les médias qui veulent travailler et qui font du journalisme. La presse n’est pas une menace, elle est un précieux bouclier… Je ne sais pas si c’est le lieu ou si j’en ai le droit mais que notre ministre pense aussi à la situation de tous les journalistes emprisonnés…
• Sergino Lokossou, Rédacteur en Chef du quotidien Le Matinal/Cotonou, Bénin
C’est une volonté de reprise en main structurelle de l’écosystème médiatique par l’État. Cette réorganisation intervient dans un contexte de profondes réformes institutionnelles, caractérisées notamment par la fusion des entités de l’audiovisuel public au sein de la Société de radio et de télévision du Bénin (Srtb).
Après plusieurs années où la gestion des médias était diluée (parfois rattachée au Numérique ou gérée sous forme d’agences directes de la Présidence), ce retour crée un interlocuteur unique au sein du gouvernement pour centraliser la politique médiatique nationale.
En ce qui concerne mes attentes en tant que professionnel de l’information, elles vont se décliner autour de la protection et de la valorisation du métier du journaliste. Il s’agit d’obtenir des garanties claires contre l’autocensure. Le ministère doit veiller à ce que l’accès aux sources d’information publiques soit fluide et non discriminatoire. Aussi doit-il garantir un traitement salarial décent. L’immense majorité des journalistes béninois souffre d’une précarité chronique, sans couverture sociale adéquate. Le ministère est attendu pour faire respecter l’application de la convention collective et le salaire minimum sectoriel.
Enfin, il doit renforcer les capacités des journalistes en mettant en place des programmes de formation continue, notamment en data-journalisme, fact-checking et outils d’intelligence artificielle, pour s’adapter aux standards internationaux de production de l’information.
Par ailleurs, pour que les entreprises de presse passent d’un statut d’organes de survie à de véritables industries viables, des réformes économiques structurelles sont indispensables. Transformer l’ancienne aide de l’État en un véritable fonds de soutien à l’industrie médiatique, transparent et indexé sur des critères d’emploi stable et de régularité fiscale.
Le gouvernement doit mettre en place un dispositif clair sur la répartition de la publicité institutionnelle et étatique, afin d’éviter son utilisation comme un levier de pression ou de récompense politique. Exonérer ou réduire les taxes sur les intrants d’imprimerie pour la presse écrite et sur les équipements de diffusion (audiovisuel et serveurs Web) pour les médias numériques. Encourager le développement du paiement de l’information en ligne (murs de paie, abonnements via Mobile money) à travers des partenariats technologiques nationaux. »
• Cochimau Houngbadji, Journaliste, Rédacteur en Chef à Afrique sur 7/Abidjan, Côte d’Ivoire
On avait déploré la suppression de ce ministère. Maintenant qu’il est ramené, forcément c’est un signe de soulagement, surtout qu’il y a un accent particulier qui est désormais mis sur les médias. Mais pour moi, il ne faut pas aller trop vite en besogne, il ne faut pas trop vite se réjouir, parce que tout dépendra du contenu qui sera donné à ce ministère désormais. Même avant, quand le ministère de la communication existait, il y avait beaucoup d’attentes, il y avait beaucoup de problèmes qui n’ont pas eu de solutions.
Donc maintenant, il ne suffit pas de ramener tous les problèmes sans automatiquement tous les régler. Tout dépendra du contenu, tout dépendra de la mission, tout dépendra du rôle qui lui sera réellement confié. Il ne suffit pas d’avoir les médias dans la dénomination d’un ministère pour sauter de joie, pour penser que c’est déjà la fin de nos problèmes. Donc, moi, mon souhait est que réellement et concrètement, ce ministère s’attaque aux problèmes, aux nombreux problèmes qui minent le secteur des médias. Il y a beaucoup d’attentes, il y a beaucoup de problèmes, il y a beaucoup de choses à faire. Et j’espère très sincèrement que ce ministère sera à la tâche et j’espère que ce ministère va trouver les voies et moyens pour nous sortir de l’ornière.
• Laurent Tonegnikes, Journaliste à Le Nouveau manager TV/Cotonou, Bénin
C’est une aube nouvelle pour la Presse béninoise. Longtemps les enfants oubliés ou orphelins je pense que ‘on ne peut qu’avoir un début d’espoir même si rien n’est gagné d’avance. Le retour de ce ministère peut être interprété de deux manières. Primo, c’est une réelle volonté pour le gouvernement de mettre à la disposition de la presse béninoise un interlocuteur fiable pour améliorer et soutenir les entreprises de presse et tout ce qui accompagne. Être à l’écoute des journalistes pour les accompagner dans l’amélioration des conditions de travail et de traitement dans les médias.
Secondo, ce retour peut s’apparenter à une volonté afficher pour véritablement opérer des réformes qui peuvent ne pas être du goût des professionnels des médias. De toute façon je suis de ceux qui pensent que la HAAC ne pouvait rien faire pour les professionnels des médias tant son rôle est claire et il fallait chaque fois éviter de s’en prendre à l’institution en charge de la régulation des médias comme si c’était son rôle. Je veux bien être optimiste (même si ce n’est pas de mes habitudes de trop rêver avec les politiques) et croire que notre ministre ne nous décevra pas et qu’au delà des réformes , l’amélioration de nos conditions de vie et de travail sera au cours de sa vision. Nous croisons les doigts pour voir la suite.
•Ulrich Abalo, Journaliste à Fraternité FM/Parakou, Bénin
Joie immense pour moi de me faire dorénavant à l’idée que le Bénin renoue enfin avec un portefeuille ministériel spécialement consacré aux Médias. C’est une décision qui vient répondre à une attente longtemps exprimée par nous, acteurs de la presse béninoise au cours de la dernière décennie. L’absence d’un ministère dédié au secteur a en effet contribué, au fil des années, à la précarisation grandissante des professionnels des médias et à l’affaiblissement progressif des organes de presse. Aujourd’hui, ce retour de la question médiatique au cœur des préoccupations de l’État suscite, et on le voit tous, de l’espoir et nourrit de fortes attentes.
J’estime personnellement que plusieurs chantiers urgents méritent désormais une attention particulière. Redonner aux professionnels des médias la considération et la valeur qu’ils méritent, à travers une réforme profonde de l’aide de l’État à la presse, avec un accent particulier sur la condition du journaliste ; repenser les relations entre les organes de presse privés et l’administration fiscale, afin d’instaurer un cadre plus adapté aux réalités économiques du secteur ; restaurer la crédibilité et la valeur professionnelle de la carte de presse.
Il s’agira également de mettre en place, après les mesures d’accompagnement nécessaires aux entreprises de presse, des mécanismes garantissant un salaire minimum décent aux professionnels des médias afin de réduire leur vulnérabilité et les risques de compromission ; professionnaliser davantage le secteur à travers la spécialisation des journalistes et le renforcement des capacités par des formations continues et adaptées aux exigences du métier.
Ce sont là à mon humble avis les 5 points d’or qui nécessitent d’être actionnés, si nos vœux sont partagés par notre ministre de tutelle.
Le regard de la presse sous-régionale sur le retour du ministère dédié aux médias au Bénin
• Ibrahima Lissa Faye, Journaliste, Promoteur du groupe PressAfrik/Dakar, Sénégal
Je vous remercie déjà de m’avoir donné l’occasion d’intervenir par rapport à la formation du nouveau gouvernement au Bénin, et surtout qu’il soit composé de technocrates majoritairement et des gens du sérail qui seront plus à la tâche. C’est vraiment une excellente chose, mais ce qui m’a plu le plus, en fait, c’est le retour vraiment dans la trajectoire gouvernementale dans le portefeuille lié à la communication et surtout aux médias. Parce que là, en fait, les acteurs des médias vont avoir un interlocuteur direct au sein du gouvernement et vont pouvoir discuter des problèmes et avancer pas à pas.
Parce qu’en réalité, au sein du gouvernement, s’il n’y a pas un interlocuteur, une oreille attentive, les problèmes ne pourront pas être portés au niveau du Conseil des ministres. Et c’est au Conseil des ministres que les décisions sont prises. Et c’est vraiment important que la tutelle puisse parler aux acteurs et connaître les problèmes, les difficultés et faire des penches nécessaires et voir comment, disons, y apporter des solutions. Parce qu’en fait, c’est dans la concertation, c’est dans le dialogue que j’ai eu des solutions, en réalité. Et moi, j’ai bon espoir parce qu’en fait, ce gouvernement-là est composé majoritairement de jeunes et surtout… des gens qui en veulent et qui souhaitent vraiment faire évoluer le Bénin sous de très très bons auspices.
Et c’est ce que nous souhaitons en réalité en Afrique parce qu’en fait, il faut des gens, non seulement jeunes, mais qui connaissent leur secteur et qui ont de l’envie à revendre, qui sont très motivés. Et moi, je pense que même le président Ouadani déjà, il impulse et il a eu à le faire quand il était au département des finances. Et il se répète, en tout cas, cette même stratégie, cette même perspicacité, moi, je pense que le Bénin fera partir aujourd’hui du peloton de tête des pays les plus avancés en Afrique de l’Ouest et pourquoi pas en Afrique. Et donc, pour ce qui est maintenant du département de la communication, moi, en tant que président de la presse en ligne sénégalaise et secrétaire général de la fédération des associations de la presse en ligne en Afrique de l’Ouest, je le félicite et lui souhaite plein de succès dans ses fonctions-là. Et dit en tout cas que nous comptons beaucoup vraiment sur son ouverture, sur des concertations, des dialogues avec des acteurs et voir encore aussi qu’est-ce qui peut mieux développer le secteur et pourquoi pas, en fait, que l’Afrique de l’Ouest retrouve son lustre d’antan en matière de médias.
Parce que le Bénin a toujours été un pays modèle. Et je me rappelle moi quand j’étais journaliste, en fait, on copiait sur le pénet. C’est ça la vérité. On copiait sur le pénet. Et à un moment, il n’y avait plus ça. Et donc, maintenant qu’il y a le retour d’un ministère plein de la communication et qui est en charge aussi des médias, il pourra pouvoir redynamiser l’organe de régulation et donner beaucoup plus de moyens à l’organe de régulation, notamment à Modem, dirigé par la Chine, mais également aussi travailler avec les acteurs pour mettre en place un fonds de soutien, un fonds de développement de la presse, comme c’est ce que nous avons ici au Sénégal, un fonds d’appui et de développement de la presse, parce que quand même, ça permettrait pour les médias, disons, de pouvoir souffler, mais surtout aussi de pouvoir respecter les standards mis en place par le ministère en partenariat avec tous les acteurs, parce qu’en réalité, un fonds comme ça aussi obéit à des règles, obéit à des critères. Et donc, en tout cas, moi, je suis disposé à partager mon expérience en matière de développement des médias.
• Adama Sangaré, Technicien audiovisuel à la RTI/Abidjan
En tant que technicien audiovisuel à la RTI en Côte d’Ivoire, je perçois le retour du ministère de la Communication élargi aux médias au Bénin comme une décision importante pour renforcer l’organisation et la modernisation du secteur médiatique. Aujourd’hui, les médias africains font face à de nombreux défis liés à la transformation numérique, aux nouvelles technologies de diffusion et à la viabilité économique des entreprises de presse.
L’expérience ivoirienne montre qu’un ministère dédié peut jouer un rôle essentiel dans l’accompagnement des réformes, le développement des infrastructures audiovisuelles et le renforcement des capacités des professionnels des médias. Cet accompagnement reste important pour permettre aux médias publics et privés de s’adapter aux exigences du numérique tout en préservant leur professionnalisme et leur crédibilité.
Mes attentes concernent surtout le soutien à la modernisation technique des médias, la formation continue des professionnels et la mise en place de mécanismes favorisant des entreprises de presse plus solides économiquement. Aujourd’hui, la qualité des contenus dépend aussi de la qualité des équipements, des technologies utilisées et des compétences humaines.
Les organes de presse africains doivent désormais investir davantage dans l’innovation, le digital et la production de contenus crédibles et compétitifs. Le défi est de construire des médias modernes, performants et capables de répondre aux attentes d’un public de plus en plus connecté.








