Au Sénégal, le Pastef a dénoncé un « reniement » du président Bassirou Diomaye Faye qui, une semaine après l’adoption de la révision constitutionnelle par l’Assemblée nationale, a décidé de saisir le Conseil constitutionnel afin de faire examiner la régularité de la procédure ayant conduit à son adoption.
Sénégal : Diomaye Faye saisit le Conseil constitutionnel, le Pastef dénonce
Nouveau coup de théâtre dans le processus de révision de la Constitution sénégalaise. Dans une requête transmise lundi 6 juillet au Conseil constitutionnel, le chef de l’État demande à la haute juridiction de se prononcer en urgence sur une éventuelle « violation de la procédure de révision constitutionnelle ». Le recours ne remet pas en cause le contenu de la réforme, mais vise exclusivement les conditions dans lesquelles le texte a été adopté le 29 juin dernier par 129 députés sur 165.
Une saisine intervient alors que la réforme modifie en profondeur l’architecture institutionnelle du Sénégal. Le texte prévoit notamment l’interdiction pour le président de la République de diriger un parti politique, le renforcement des pouvoirs du Premier ministre et de l’Assemblée nationale, la création d’une Cour constitutionnelle en remplacement de l’actuel Conseil constitutionnel, ainsi qu’un encadrement plus strict du pouvoir présidentiel de dissoudre le Parlement.
Le Pastef accuse le président de revenir sur sa parole
Quelques heures après l’annonce de la saisine, les députés du groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes ont publié ce mercredi 8 juillet 2026, une déclaration particulièrement sévère contre le chef de l’État.
Sous le titre « Recours au Conseil constitutionnel : un reniement de plus du Président de la République », les signataires de la déclaration parvenue à Africaho, estiment que Bassirou Diomaye Faye se contredit en renonçant à soumettre la réforme au référendum alors qu’il avait, selon eux, exprimé cette intention dans une réponse adressée au président de l’Assemblée nationale et confirmée publiquement par le ministre de la Justice.
Pour les parlementaires du Pastef, le recours présidentiel constitue une reconnaissance implicite que la procédure parlementaire est arrivée à son terme. Ils soutiennent que, selon la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel, l’adoption du texte à la majorité qualifiée des trois cinquièmes vaut également approbation de la révision constitutionnelle.
Les députés affirment également que le président ne peut saisir le Conseil constitutionnel qu’une fois la procédure achevée, ce qui, selon eux, revient à abandonner définitivement l’option du référendum. Ils estiment enfin que cette démarche traduit une volonté d’éviter une consultation populaire dont l’issue serait politiquement risquée.
Une bataille désormais entre les mains du Conseil constitutionnel
Dans leur déclaration, les députés du Pastef se disent convaincus que le Conseil constitutionnel rejettera le recours présidentiel et permettra ainsi l’aboutissement du processus de promulgation de la réforme.
Cette nouvelle séquence illustre l’approfondissement des divergences entre Bassirou Diomaye Faye et les responsables du Pastef. Alors que le président conteste aujourd’hui la procédure de révision, le parti qui a porté le texte défend sa parfaite conformité juridique et considère que les principales dispositions sont issues des recommandations des Assises de la justice de 2024 et du Dialogue national de 2025.
La décision du Conseil constitutionnel est désormais attendue dans un délai de huit jours. Elle devrait déterminer si la réforme peut être promulguée en l’état ou si la procédure devra être reprise, dans un contexte de fortes tensions politiques au sommet de l’État.
